\inside the fix.

Back from Hell with a Scooter


Oh, tiens, salut toi, ami(e) surfer, toujours là ? Tout ce site fleure bon le renfermé, non ? Je viens ouvrir les fenêtres et passer l'aspi avant inventaire et mise en vente.
Voui voui ! Je m'en vais. Désolé, huit mois de pure folie qui prennent fin, bam, d'un coup, mais c'était inévitable, non ? C'est ce que je pense, au vu de la fulgurante abîme dans laquelle mon inspiration s'est lamentablement plongée ces derniers mois. Non, pas 'inspiration', 'motivation', oui. 'Motivation et humeur'. Hm, doux programme. J'ai de quoi écrire, mais je n'éprouve pas l'envie de l'écrire.
Surtout pas ici. A l'origine, Inside the Fix était un charmant blog destiné à être lu par hasard par de charmants inconnus. Un concept, très plaisant, comme un journal intime mais qui serait lu par des gens qui n'ont relativement pas d'importance dans ma vie personnelle. Permettre à de parfaits quidams de pénétrer en mes pensées comme on enfonce le doigt dans un bol de purée pour découvrir toutes les merveilles et les grumeaux qu'il contient. Le fait qu'il se soit rempli peu à peu d'habitués, d'habitués proches, dans le sens où je n'aimerais pas qu'ils découvrent certaines facettes de ma personnalité (Quadrophenia power §§§§); pas parce que j'ai particulièrement honte de moi-même, non, parce que ça me gène un peu. Evidemment, même si ces personnes (la majeure partie de mon lectorat je pense) me gênaient, ç'a toujours et tout de même été un plaisir de savoir qu'elles me lisaient/lisent. N'allez pas me faire dire ce que je n'ai pas dit, boycotter The Undead, brûler une bibliothèquet et/ou des personnes âgées.
Quoiqu'il en soit, je te l'annonce, ô dévoué et assidu lecteur, l'heure est pour nous de nous dire adieu, de retourner chacun de notre côté sans se retourner, de faire une croix sur les erreurs passées et de fixer nos regards vers l'aube lointaine. Ne dites pas adieu à Dave Johnson, il reviendra. Et qui sait, peut-être vais-je créer un autre bloug ! (Mais comptez pas sur ma personne pour vous filer quelque indice quant au libellé de l'adresse)

1 commentaire - aucun rétrolien

En Ethiopie on fête pas Noël et personne s'en plaint


Ohé, les aminches, passez un bon Noël et sachez vivre cette soirée comme il se doit (lach d kom!). Puis, tant qu'à faire, un bon reste de fins d'années, profitez-en, le boulot reprend dans moins d'une semaine, promis, le prochain chapitre de The Undead (tout le monde vient ici pour ça, je le sais bien) est prévu pour 2008, si j'ai le temps. A tantôw, ow, ow !

Toute l'équipe d'Insidethefix se joint à moi
pour vous présenter ses meilleurs voeux 2008 !

 

4 commentaires - aucun rétrolien

Je suis poète et je vous emmerde


Tarte aux sons
Comme tristesse suspendue
En son vol liquide

Insidethefix, 20/11/2007

Quoi ? Ah c'est bon hein, je fais pas exprès de poster un message toutes les trois semaines, croyez-le bien. Je ne vous doigt rien, moi, non mais oh ! Et j'ai pour principe de n'écrire que lorsque j'en ai vraiment l'envie; se forcer, c'est has been.
Remarquez, je n'ai pas terminé la dernière phrase du dernier article. Certains diront "Quelle solution de facilité !"; et c'est à ceux-là que je répondrai que

6 commentaires - aucun rétrolien

Ecrire pour rester normal


Eheh, comprendra qui voudra, dans quel sens le comprendre?, ça m'amusait sincèrement beaucoup d'écrire l'article précédent.
J'ai découvert que j'aimais une nouvelle odeur aujourd'hui. C'est étrange, arf non, je vous vois venir, n'imaginez pas que j'écris la suite dans le pur style d'un poète emo faussement dépressif, merde, je suis pas comme ça; donc voilà, j'aime l'odeur d'un poison (aucune Métaphore-Evanescence là-dedans). Waip, un pesticide contre je ne sais quoi, bourré de phosphore, mais qui possède un de ces parfums ! La première chose à laquelle j'ai pensé avant que le mal ne s'empare de mon crâne (mais quelles senteurs!), c'était à une immense corbeille de fruits, comme si j'avais été renversé par un camion de cageots exotiques et traîné jusqu'à l'entrepôt où les caisses sont ouvertes pour la première fois. Oui, un cimetière végétal, un wok de viande hâchée mêlée au meilleur accompagnement qui soit; Dieu me pardonne, mais il faisait pâle figure à côté, ce gros naze.
A propos, ou pas, non, peut-être pas, de Dieu, j'ai lu En Attendant Godot ce matin. Eh bien, si je n'en avais pas, je crois que j'ai trouvé ma pièce fétiche, celle que je lirai encore et encore jusqu'à l'improbable épuisement, je la lirai pour en puiser le maximum, mais en même temps pas trop tu vois, l'équilibre parfait pour ne pas non plus me dégoûter de la pièce, parce que ce serait fort dommage. J'avoue, c'est peut-être stupide mais même si je n'aime d'ordinaire pas ça, c'est une pièce que je jouerais volontiers. Arf oui, parce que c'est exquis, les situations répétées, les répliques absurdes et parfois cinglantes donc vraiment drôles; par moments, je me suis très bien vu dire ce que dit Estragon, comme j'imaginais parfaitement Pozzo, Lucky, Vladimir par moments, moi me tenant devant l'arbre avec une ceinture à la main (mais non, merde ! Arrêtez ça, et arrêtez d'écouter evanescence !). Je crois que si on me le propose un jour, j'aurais une certaine hésitation avant de refuser.
Restons sur le sujet, j'ai débuté Caligula tout à l'heure, rah, si ça continue, je vais trouver ma deuxième pièce favorite, c'en est rageant de facilité. Mais ce Camus ! J'aime ses répliques richissimes et foutrement drôles, du moins à mon goût (=>euh, ce ne doit pas être tout à fait ça: "L'Empire, c'est nous. Et l'Empire a faim; allons déjeuner."). Si je n'avais pas autant commencé The Undead, j'écrirais chez les dramaturges. (alors tant pis, The Undead 2: Voyage en Agartha ou les Tribulations d'un Soldat de l'Empire enseveli de son Vivant sera une pièce de théâtre.)
Bien. J'ai encore envie de regarder Fight Club ce soir. Allons savoir pourquoi. Que dire de plus ? Oh, le titre. Eh bien, si je dis ça c'est

2 commentaires - aucun rétrolien

Petit message.

Tu n'es qu'un con.

1 commentaire - aucun rétrolien

AH-AH-AH ! (rire hautain et triomphal)


Huh, huh, on se couche ! Inside the Fix, toujours dans le Top Ten, overrated des starting blocks, vient de gravir une marche de plus dans l'escalier de la gloire, abattant derrière lui hordes d'impuissants rodomonts ! Car en effet, public, et je sais que tu es nombreux en cette période automnale, ce blog se place en sixième position dans la recherche google 'je m'emmerde' ! Eh, c'est-y pas beau ça? Ca ne t'impose pas le respect, ça, toi minable ? N'as-tu donc pas envie de me baiser les pieds, de lever les yeux vers mon royaume céleste en versant une larme de soumission admirative ? Alors va, maintenant, va et instruis le crétin monde, dis-lui qui je suis et ce que je vaux vraiment.
Sinon, hier, ahah ! Mon Dieu. Que de dommages collatéraux en cette fraiche réunion vespérale, je crois que j'aurais repeint l'univers si on m'avait donné un pinceau à temps.

aucun commentaire - aucun rétrolien

Sp3çi4L PuSh Up 2 4LL ma CS FRI3NDZ


Quoi, Fix, désespérément seul au point de s'émouvoir devant un chaton épileptique ? Ca va, hein. Je l'ai pas choisi, moi, d'être en vacances. Bref. Sommaire billet pour donner quelques informations en vrac.

  • Aujourd'hui, on m'a offert deux cravates.
  • Ainsi que douze bouquins, dont Othello, Macbeth et En attendant Godot !
  • Je me permets de vous narrer quelque violent débat qui agite actuellement le cercle familial. Quel nom donner à notre futur chien, l'espèce de chieur grognard et pleurnichard qu'a honteusement engendré le canin frisé de la maison ? Mes parents sont partagés entre des sobriquets tous plus niais et communs les uns que les autres, et ma voix est peu écoutée; pourtant, sachant que ce chieur appartient à la caste des labradors, j'ai pensé que Stagiaire conviendrait parfaitement. Alors, si tu désires me soutenir, si toi aussi tu penses que Stagiaire est un doux nom qui conviendrait parfaitement à cet animal, signe la pétition et envoie des dons à l'adresse non ci-dessous. (1,35€ l'appel/ hors coût du SMS + frais de port 5 euros à mettre dans le colis.)
  • Pour prouver que je ne suis pas un mytho, en exclu un extrait du chapitre VI de The Undead, déjà salué par la critique:

"Et de cette dague, je pourfendrai l'armée des pigeons bioniques du Seigneur Noir". Vous reconnaissez?'

  • Eh, fallait pas trop m'en demander non plus.

aucun commentaire - aucun rétrolien

Journal d'éphéméride


Je me réveille ce matin, à 7h, après un étrange ramassage onirique de couteaux et de peluches en plastique dans le jardin immense que ne possède pas mon frère. Parce que replonger m'est impossible, je lis la moitié d'Hamlet. Et j'aime diablement ça. Ca sent le sang, la boucherie approche tandis que le Roi se revoit dans l'histoire de Gonzague et Baptista. Les tripes de la vengeance vont bientôt voir le jour sous la rosée azur de cette montagne au loin; une vraie Hamlet aux lardons, ahahah AHAHAHAHAH !!!§§§§§§§§
N'entendant plus aucun bruit en bas, je me lève pour déjeuner. En descendant les escaliers, mon cerveau me bombarde dix fois, exactement dix fois la même question: "Es-tu heureux?". J'emmerde ma semi-conscience matinale autant d'instants que nécessaire puis je me lance dans une longue journée à la suite de mes parents.
Mon genou me fait mal. Dehors, ma chienne me voit de loin et vient à ma rencontre en courant. Ca me fait diablement plaisir au point de m'oublier moi-même, d'oublier ce téléphone qui ne sonne jamais et ce facteur qui ne vient pas.
Je m'autorise quelques brefs instants d'écriture pendant la journée, valse entre The Undead, ASN et Ultimate Work 4 my Couz1.doc, ma priorité du moment qui avance plutôt bien et dont le résultat commence à dépasser mes maigres espérances du départ. Je dis 'valse entre The Undead', mais en vérité j'avance vraiment pas sur la chapitre 6, j'écris un peu n'importe quoi sans me soucier de l'ordre des chapitres. Je me fais plaisir, quoi. Je suis crevé, je plume peu. Et mon appareil photo est revenu. Douce joie que de photographier n'importe quoi en riant (vraiment merci, Lily).
Mais je passe à la véritable éphéméride de la journée, celle qui m'a donné envie de venir ici et de vous raconter tout ça. Il y a de ça quelques jours, Patient NC Chat est revenu me voir. Tous les soirs depuis son retour, le sujet d'étude m'a réclamé du lait, voyant que parfois j'en avais dans les mains. La mademoiselle a semble-t-il perdu son entière progéniture il y a quelque temps, alors j'essaye de lui apporter un réconfort calciumique. Et ce soir, en passant devant lui, il m'a crié, puis il a fait une grâcieuse roulade à mes pieds, avec ces yeux de satisfaction et de contentement caractéristiques des chats ravis de leur état actuel.
Et ça, ça fait foutrement du bien.

aucun commentaire - aucun rétrolien

THE UNDEAD - #5 : CHANGEMENT.

 
« Mais réjouissez-vous, mes frères, car le Seigneur l'a déjà accueilli en son Royaume ! »
Si le Seigneur était ce vieil alcoolique qui lui avait craché dessus tout à l'heure et que le Royaume de Dieu était cette ruelle dégueulasse en face de chez lui, alors super, il était sauvé pour l'éternité. Ou alors le prêtre parlait en mauvaise connaissance de cause et trompait perfidement l'auditoire venu écouter les dernières bénédictions en l'honneur d'un homme qu'il ne connaissait pas.
Point de réjouissance escomptée, la plupart du public était totalement inconnue à David, et venait pleurer sur sa tombe uniquement pour passer en photo dans le journal du dimanche. Il y avait d'un autre côté un de ses ex-collègues de bureau, Steve, à qui il avait prêté un jour 50 cts pour lui payer un café, et qui était sûrement là pour balancer la due monnaie dans la fosse. Le maire et son conseiller, faible des faibles derrière son mastodonte carnivore de patron, s'étaient déplacés, aussi, pour les formalités d'usage, « blabla grand homme fier service à notre ville lourde perte car Chaque citoyen qui meurt Est une blessure dans mon cœur youplaboum votez pour moi. », peut-être pour la photo, aussi (son costume sur mesure seyait à ravir sa carrure d'obèse). Le reste n'était donc que piètres personnages, une dizaine en tout, ados essayant de réprimer un rire devant le photographe municipal et vieillard emmitouflé dans son écharpe, déplorant chaque jour avec la même douleur la jeunesse qui part avant lui.
Tapi derrière une tombe, David contemplait la scène avec un demi-amusement. Tous ces discours, toutes ces belles choses qu'on disait de lui ! Il faut mourir pour être aimé de tous ; même les inconnus viennent à en reconnaître votre grandeur.
Il ne s'attendait pas à voir autant de personnes à son intronisation au Monde des Racines Pissenliques. Le prêtre, rien de plus. Le prêtre et le fossoyeur, à la limite, plus une pelle et des cordes. Mais question badauds-rigolos, il était fichtrement servi. Chance ! Certains ne pouvaient se pavaner d'en avoir eu autant à leur mise en bière.
Le prêtre ayant interrompu ses psalmodies rassurantes et ayant agité son pot de cendres rédemptrices, Monsieur le Maire avança d'un pas vers la tombe, un pompeux air solennel imprimé sur son visage boursouflé, contrastant avec l'attitude inquiète et stressée de son faire-valoir, resté en arrière. Ce dernier lui tendit une petite boîte en bois, tandis qu'il sortait de sa poche un papier plié en quatre et qu'il s'éclaircissait la voix.
« Et c'est en raison des services rendus à notre ville, pour son dévouement, son courage, son patriotisme que je décerne, ici, au nom de l'administration toute entière, la Médaille de l'Ordre du Mérite à David Peter Clark Youssef (Youssef ? Discret hochement de tête du conseiller) Johnson, à titre posthume. »
Posthume, bien pensé l'ami, t'as trouvé tout seul ? Qu'importe, applaudissements, crépitements de flashes, larme à l'œil du stagiaire en mairie (était-ce par l'émotion ou la peur de se retrouver en photo dans la dépêche?), puis le Pouvoir en personne achève la foule, porte le coup final, l'apothéose mirifique de l'émoi en sortant la décoration de bronze de son cercueil boisé pour la poser sur la supposée nouvelle demeure de l'ex-policier.
Et personne ne savait qui était vraiment à l'intérieur du coffre. Il était évident qu'il avait fallu remplir le cercueil, pour faire plus vrai. Combien d'honneur, combien de larmes pour un si glorieux sac de sable ! Le poids convenait parfaitement ; pourquoi s'empêtrer dans une énième chasse au sans-abri ?
Le temps se figea. Tous, même les passants, baissèrent les yeux sur la tombe du héros granuleux, lui accordèrent un dernier muet hommage. Plus le moindre murmure si ce n'était celui du vent ne vint entraver les bienfaisantes pensées à destination de l'âme du défunt. Soigne-toi bien ! Bon voyage ! Salue Dieu de ma part etc, tels étaient les derniers mots enluminés de versets bibliques destinés à ce cher inconnu avant de le laisser retourner remplir les ternes rangs des stèles oubliées.
Puis les poignées dorées descendirent dans leur trou, et tout le monde s'éloigna peu à peu, accordant un dernier regard au fossoyeur moustachu qui déversait la terre-mère sur le coffre sablé (dommage, un peu d'eau, du ciment et il avait du béton !).
Cette dernière vision troubla David. Comme l'humus rebouchait le trou, il enfouissait aussi la paperasse qui avait fait exister le policier pendant ces quelques vingt-sept années. Adieu, fiches de paie, adieu, numéro de sécurité sociale, adieu, impôts ; chaque feuillet enfoui sous le terreau était une trace de son passage qui disparaissait des mémoires du monde moderne. David se sentait partir, doucement. Encore quelques pelletées sur son caveau de fiches de renseignement et il ne serait plus rien, Néant du Néant dans un univers livré à l'anarchie.
Les dernières personnes s'éloignaient. Le zombie regarda aux alentours ; à quelques mètres de lui, un homme caché derrière une plaque de marbre se masturbait en regardant la fosse se remplir. Pris d'un haut-le-corps, David se leva, faible et tremblant comme une feuille d'automne, puis tituba jusqu'à s'effondrer derrière un tronc d'arbre. Calé entre deux cénotaphes, comme fiévreux, il ferma les yeux et, malgré lui, s'endormit à l'abri des regards.

*
*  *

David regagna le Central dans la soirée. Pénétrant dans le garage, il décrocha des clés sur le tableau à côté des vestiaires, puis démarra sa voiture de fonction, la même depuis son entrée dans le service. Sortant silencieusement du garage désert à cette heure tardive, il alluma la Radio pour écouter ses collègues faire leurs rapports et leurs interminables calembours sexuels, arrière-plan sonore pour une énième tournée nocturne.
La voiture prit la 121è Avenue, la dernière encore sonorisée par les cris lointains des bistrots encore ouverts. Quelques passants s'arrêtaient devant, attirés comme des moustiques par le liquide rouge à aspirer sous la lumière écrasante des néons. Le policier savait le plan de parcours sur le bout des doigts, tant il l'avait répété encore et encore au fil des années. Il en était même parvenu à calculer et à retenir les temps de passage minimum pour ne jamais rencontrer de feu rouge. Aucune lueur, aucun son ne lui était étranger, désormais. Il connaissait chaque rue, comme chaque ambiance qui y régnait.
Il bifurqua sur la 148è, ‘la Grande Rue' du centre-ville. C'était là que tout se jouait ; là où se retrouvaient tous les gangs pour l'ultime gangsta fight qui déciderait de l'avenir de tel ou tel quartier, là que les gens dans le souci venaient se débarrasser de photos gênantes ou d'analyses d'urine suspectes. C'était un lieu à haut risque, c'est pourquoi la Police essayait d'y passer le moins de temps possible. Quand l'ordre a déjà été établi, autant ne pas ramener sa gueule, avait dit le chef-instructeur.
Mais ce soir, David traînait un peu, ce qui, il fallait l'avouer, ne lui ressemblait pas d'habitude. Lentement, il laissait défiler les trottoirs de l'autre côté de sa vitre, d'un œil moins inquisiteur que distrait.
C'est dingue, pensa-t-il, le nombre de dealers qu'il y a dans cette ville. C'était vrai, le marché était florissant. Il fleurait bon vendre de la poussière magique dans le coin. Certes, un recensement n'avait pas été établi, mais on estimait que cette part rigolote de la population avait facilement triplé ces dix dernières années. Les marchés devaient s'être dopés à l'héroïne pour avoir évolué si rapidement ; même les pilules contraceptives n'avaient jamais autant eu la côte.
La 37è succéda à cet étrange spectacle, tel une procession anarchique de prophètes modernes prêchant autre chose que de la bonne parole. Ici, l'activité ne se résumait plus qu'à quelques taxis au retour du service de soirée. Les chauffeurs avançaient encore lentement, dans un état de crispation extrême dû à la concurrence impitoyable des autres voitures jaunes, chacun prêt à arracher le premier le frein à main devant la potentielle personne à pied porteuse de la bénie course qui saurait faire la différence arrivé en fin de mois. C'était malheureux à dire, mais ceux-ci étaient totalement dépassés par le manque d'intérêt que leur portait le citoyen, et beaucoup d'entre eux auraient préféré commencer une nouvelle vie de l'autre côté du carrefour. On envisageait déjà de copier l'ingénieux modèle mexicain, où un passager sur trois n'arrivait jamais à destination sauf si sa famille acceptait de verser une rançon plus que conséquente à l'heureux chauffeur. Une étude était d'ailleurs en cours pour appliquer ce système aux bouches de métro.
David regarda sa montre. Dans cinq minutes, après l'inévitable feu rouge, il aborderait la 133è Avenue ; et bien que peu sentimental, il savait qu'il aurait du mal à ne pas imaginer sa voiture garée avec négligence sous un lampadaire, portière encore ouverte et radio encore allumée. Aucune fantaisie de l'esprit de là-dedans. Les gens n'aiment pas retourner sur d'anciens décors de mauvais évènements.
Il aspira une grande bouffée d'air. Ses mains moites collées au volant, il ne décrocha pas du regard l'aiguille orange du tableau de bord. Pas de panne d'essence, pas de panne d'essence, pas de panne d'essence...
Un voyant s'alluma. Le policier baissa les yeux. Le dieu des réservoirs m'a abandonné.
Une alarme vint tenir compagnie à la petite diode rouge. Cela ne signifiait en aucun cas que l'engin manquait de pétrole, non non : c'était d'un autre carburant dont il était question.
PAUSE CAFÉ !!!
En quatrième vitesse, David quitta l'avenue et s'élança vers le Gipsy's, oubliant du même coup la désagréable épreuve psychique et l'intégralité du code de la route.
Cette interruption des festivités était un rituel obligatoire que tout vrai patrouilleur devait respecter, auquel cas il n'était pas homme à mériter son titre. Obligatoire car lié par la tradition (‘Par notre Histoire', auraient volontiers avancé certains), mais aussi pour la socialisation : il ne fallait pas espérer parler à quelqu'un en dérogeant aux règles, et ça n'était pas de si tôt qu'un bleu viendrait changer la donne, ‘foi de Roger', disait Roger. Puis le café, d'abord son goût, puis sa caféine avaient les mérites de tenir éveillé le représentant de l'ordre suffisamment longtemps pour pouvoir entamer sans risque la pause suivante. En plus d'être corsé, il était délicieux ; préparé avec amour ou une bonne cafetière, personne ne délivrait sa recette. Toujours sucré au bon vouloir du client, c'était un moment de relaxation incomparable ; certains en venaient même à faire des heures supplémentaires juste pour cet instant d'extase.
Le policier gara son véhicule et rangea les clés dans la poche. Déjà quatre voitures étaient là. Il allait les revoir, tous, enfin ; il y avait pensé toute la soirée. Ils n'étaient pas spécialement ses amis, mais étaient tous des gens sympathiques, et c'était toujours une joie de partager un moment avec eux ; c'était bien pour cette convivialité qu'il était venu tous les jours.
Il poussa la porte en verre du bar-restaurant. Il se demandait comment ils réagiraient lorsqu'ils le verraient arriver à leur table.
Il passa peu sûr de lui devant le bar et les tables. Le patron était absent. Mais eux étaient là. Il les entendait à l'autre bout de la salle, rire et parler bruyamment. Et il avait peur. Mais c'était inutile de reculer pour maintenant. Quelle que soit leur réaction face à lui, il fallait qu'il les revoie.
Il contourna le pot de fleurs en plastique mou qui leur cachait la vision.
...
- David !
- Comment ça va mon gars ?
- Allez, viens donc t'asseoir, reste pas dans le chemin ! Patron, un café ! »
Une clameur joviale s'éleva de la table toute entière. Bientôt, tout le monde se poussait pour lui serrer la main ou lui tapoter l'épaule.
Un fou rire s'empara de David. Une joie immense et une envie de pleurer face à leur gratitude en étaient la cause, et tandis que tous se poussaient sur la banquette pour lui faire de la place, il remerciait l'entité concernée pour lui avoir fait connaître de telles personnes.
« Alors, gamin, la tournée, rien, comme d'habitude ? »
Le gros moustachu sirotait en même temps sa tasse. C'était le plus vieux de tous ; cela faisait vingt ans qu'il travaillait dans le même secteur. Il en avait vu beaucoup, lui, et il adorait raconter ses exploits gyrophariques lorsque la discussion l'amenait à s'en souvenir. David ne connaissait même pas son vrai prénom. Pour tous, c'était Le gros moustachu ; car il était fier de ses poils et de sa poitrine.
« C'est pas possible, ça, tu sais que t'as une radio au moins ? »
Juan, l'Etranger. Il était arrivé ici sur un cargo rempli de brésiliens, et parce que les brésiliens ne sont pas commercialisables, lui et ses compagnons d'infortune avaient été arrêtés, il y a de cela quinze ans. Juan avait réussi à s'enfuir et à sa cacher sous l'eau pendant la perquisition ; la Police partie, il avait traversé à pied l'Amérique et était arrivé dans le coin, et le gros moustachu avait plaidé en sa faveur pour qu'il soit engagé chez les gardiens de nuit. Bien sûr, ils n'avaient raconté tout ceci que très récemment ; mais personne n'en avait tenu rigueur. On s'en doutait même un peu.
- Eh, Juan, ils ont des radios dans ton pays ?
- Non, mais on a de quoi t'empêcher de t'asseoir sans coussin si tu nous fais encore chier. »
Rire général. David se sent bien parmi eux. Il ne parle pas, mais il écoute, et ça lui plait.
Le patron du bar, un mexicain mal rasé aux faux airs de garagiste lui posa son café sur la table. Lui aussi, parfois, se joignait à eux. Son enseigne était presque devenue un sponsor pour les patrouilleurs.
Le vieux moustachu réclama le silence, car la sentence du brésilien lui rappelait une sombre affaire de savonnette dans les douches d'une prison. Profitant du calme, David porta la brûlante tasse à ses lèvres. Ses doigts n'étaient plus crochus ; et ses mains avaient repris leur forme et leur teinte rose initiales. Son corps entier s'était reformé, tandis que le précieux liquide noir réchauffait son œsophage et allait se blottir au fond de son estomac bien vivant.

*
*  *

Un violent courant d'air lui fouetta le visage ; le policier y répondit par un vif sursaut. Des corbeaux s'envolèrent devant lui en beuglant leur indignation.
Il était resté là, contre son arbre, à dormir toute l'après-midi. Par chance, personne ne semblait l'avoir vu ; et le nécrophile était parti.
Le zombie regarda sa montre. Il était bientôt dix-huit heures. Il se leva net et courut vers le portail du cimetière, jetant un bref regard à l'épitaphe sur la plaque de marbre qui lui était dédiée. Au moins un sac de sable qui connaîtrait la vie éternelle.

*
*  *

Elie Daronovski remercia ses derniers visiteurs et ferma à double tour la porte de la boutique. Depuis qu'il avait été agressé par cet homme qui lui avait volé tous ses livres sur le macramé, il préférait agir avec prudence.
Son métier lui tenait énormément à cœur. Ce n'était non pas le fait de vendre qui l'intéressait (comme la majeure partie des hommes de sa profession), mais bel et bien de conseiller, d'échanger, de discuter de tel ou tel classique avec ses clients. Il lisait absolument tous les livres qu'il recevait avant de les commercialiser, et il estimait avoir réussi sa journée non pas en ayant écoulé x exemplaires mais en ayant parvenu à intéresser, instruire ou faire changer d'avis quelqu'un.
Il rangea son trousseau de clés dans la poche de son vieux veston beige. Il vivait seul depuis plus de cinquante années aux Etats-Unis, la mort de sa famille en Europe l'ayant contraint à exiler le premier bateau venu. Il s'était réfugié dans les livres, cherchant par tous les moyens à acquérir la plus grande culture possible sur l'histoire du monde et de ses peuples, décidé à être utile à tous ceux qui passeraient la porte de son magasin.
Il passa par le rayon des littératures italiennes, emprunter un vieil exemplaire de la Divine Comédie ; ce soir, il commencerait le Chant XIII. Lorsqu'il releva les yeux, un gigantesque pistolet s'appuyait sur son nez.
« Ne bougez pas. »
Le libraire tomba en arrière.
« NE ME FAITES PAS DE MAL ! LES LIVRES DE BRICOLAGES SONT DANS LA TROISIEME ALLEE, PRENEZ TOUT ! »
Le visage caché sous une capuche fut frappé d'étonnement face à cette déconcertante proposition.
« Hum, désolé, je ne veux pas de vos livres de bricolage. »
L'aveu ne rassura pas pour autant le vieux libraire.
« QU... QUI ÊTES-VOUS ??? »
Eh merde, pensa David. Il ne s'était pas même imaginé à une telle question, mais c'est dans l'instant que sa bouche débita une heureuse solution immédiatement regrettée.
- Je suis la Mort, venue pour te chercher.
- Sh... Shekhinah ?
Le zombie aurait volontiers pu répondre à cela s'il avait intégré son école de religion ; c'est toujours au moment des interrogatoires qu'on regrette d'avoir choisi la Police. Alors, pour compenser son cursus, il appuya un peu plus le canon contre le crâne du vendeur.
- Expie tes pêchés maintenant, Elie Daronovski, tu n'en seras que plus pardonné. Parle !
- Qu... Qu... Quoi ?
David n'avait jamais questionné personne auparavant. Aucun talent, aucune finesse. Des aveux obtenus au moyen de « Parle, dégoûtant gérontophile tout droit sorti de l'anus de Satan ». Ce n'était pas son métier, à vrai dire ; les inspecteurs faisaient ça très bien eux-mêmes. Lui, il avait reçu une formation patrouille nocturne option tasse à café ; si Daronovski avait été une tasse, l'entretien aurait été plus facile.
- Que sais-tu de Kramer ?
- Je... Je ne connais pas ce nom-là...
- TU MENS ! Je sais très bien que vous travaillez ensemble, inutile de le nier ! C'est trop tard pour toi, avoue ce que tu fais avec lui ! Que prépare-t-il ?
Pour un dieu, Shekhinah n'était pas très informé ; avait-il au moins une parabole ? Mais le libraire défaillant ne s'en aperçut même pas et manqua de s'évanouir en prenant doucement conscience de ce qu'il se passait.
- Je... Rien, je ne sais rien... Il vient chaque semaine et m'emprunte un ou plusieurs livres qu'il me rend la plupart du temps la semaine suivante...
Il pleurait.
- Quels livres t'a-t-il déjà empruntés ?
Finesse, douceur et questions rassurantes n'étaient certes pas les mots d'ordre chez l'ex-policier, à côté duquel le butor mirasol aurait pu passer pour le plus charmant des mammifères. S'il avait fallu leur poser la question, ni le zombie ni le libraire n'auraient su dire lequel des deux était le moins à l'aise dans la présente situation.
- Il... Beaucoup... La... La liste est longue... Le Nouveau Testament, en plusieurs éditions... La... La République, de Platon... Le Meilleur des Mondes, d'Huxley...
David notait au fur et à mesure les œuvres citées, le pistolet toujours à la main. Pour l'instant, il n'en avait pas lu une seule.
- P... Plusieurs œuvres d'Aristote, également... Je... Je ne me souviens pas du reste...
La liste avait le mérite d'être intéressante. Ensuite, comprendre ce que ce malade pouvait faire avec une salade composée pareille, non, c'était au-dessus des forces Culture G de David. Que pouvait-il bien trouver à la fois dans Aristote et Aldous Huxley ? Il y avait un A dans leurs prénoms.
Comme dans Platon et Testament ! Et si c'était ça la clé ? Ou alors... Peut-être qu'il s'attendait à ce que son fournisseur soit interrogé ; il a par avance brouillé les pistes en empruntant ce dont il avait vraiment besoin plus quelques gros livres à moitié pris au hasard : un genre de pied-de-nez à l'inspecteur de Police moyen, du style « J'ai plus de culture que toi et un butor mirasol réunis », subtil agacement qui saurait faire perdre patience et induire l'homme en erreur en le forçant à lire les œuvres précitées. A moins que ce Daronovski ne jouât un rôle faussement innocent car corrompu de la tête aux pieds par son mesquin employeur ; que les larmes qui coulaient sur ses joues étaient des larmes de provocation et de défi ; que les prières hébraïques qu'il répétait n'étaient qu'un code secret établi entre lui et Kramer, et que s'il implorait le pardon de Dieu, c'était uniquement pour se foutre de son naïf d'assaillant.
Ceci aurait été la version de l'inspecteur en chef s'il avait été là. Mais David ne doutait pas de la sincérité de cette douleur, bien qu'amer devant cet homme aux apparences si sympathiques et pourtant affilié à un dangereux criminel. Il baissa son arme, ramassa les clefs tombées de la poche du vieux libraire et se dirigea vers la porte.
- Allez-vous en. Vous payerez, un jour, pour ce que vous avez fait.
Tremblant, incapable de retenir ses larmes, le vieil homme courut comme il le pouvait derrière son comptoir.
Vivement que le Central voie ça, pensa l'ex-policier. Lorsqu'il ouvrit la porte, il y eut une violente détonation dans l'arrière-boutique.
Il accourut. Elie Daronovski s'était tiré une balle dans la tête, avec une arme dont il n'avait pas une seconde pensé à servir contre son agresseur.

aucun commentaire - aucun rétrolien

Sacré corps de Fix, toujours les maux pour rire.

Evidemment, il fallait que ça m'arrive à moi. Maintenant. Et ça, justement, en plus. Non non, ça s'explique pas, tu l'as déjà eue quand t'étais jeune, c'te maladie, mais ça revient une deuxième fois spécialement pour toi. Joyful? Non. J'aimerais que tu m'appelles.

aucun commentaire - aucun rétrolien

INSIDE THE FIX PRESENTE LE DOSSIER DU MOIS:


Magasine spécial n°1: 1001 façons de pêcher le melon sauvage en Mer Baltique

lire la suite

aucun commentaire - aucun rétrolien

Eh ! EH ! JE SUIS PAS MORT, ATTENDEZ !

Huh averybady !
Oui oui oui je sais, retard retard, mais bon, vlà quoi, en ce moment, je me permets peu de rédiger mon pamphlet anti-altermondialiste que vous avez suivi avec tant d'assiduité depuis ses débuts, mais pas d'inquiétude ! Ca avance peu, mais ça avance ! Et moi, puisqu'il faut bien parler de moi (j'aurais volontiers donné des nouvelles de ma voiture mais elle est en réparation, lol !), voilà.

 

(au fait:)
44%

1 commentaire - aucun rétrolien

THE UNDEAD - #4 : NUIT.


Dans la pénombre quasi-totale, il traversa la 142è, la 111è puis la 131è Avenue, à la simple lueur des réverbères. Une stupide et puérile lueur née en lui lui avait fait espérer un instant que son nouveau statut lui avait permis de devenir nyctalope, mais il n'en était rien, et sa rage fut si profonde qu'il passa la moitié du trajet à faire d'excellents jeux de mots sur ce terme scientifique si amusant.
Il était loin d'être pressé de rentrer chez lui. Les évènements et révélations de la soirée s'étaient enchaînés si rapidement qu'il lui était absolument nécessaire de prendre son temps. Pas forcément pour réfléchir à sa condition de non-être humain ; qu'y avait-il à rajouter ? Pouvait-il se plaindre ? Il n'avait pas réellement la possibilité ni les moyens de faire changer les choses vu la tournure qu'elles avaient prises. On ne lui avait pas demandé son avis pour ressusciter ; à vrai dire, il ne s'y attendait même pas. De quoi se plaignait Jésus ? Celui-ci avait su mourir tranquille, puisqu'il savait qu'il allait revenir après. Mais David ? On ne l'avait pas mis au courant, lui, on l'avait remis sur pied sans son accord ; était-il pour autant le nouveau Messie ? A bien y réfléchir, il n'aurait pas été sûr de sa réponse si on lui avait proposé la résurrection.
Il devait bien l'avouer, décéder naturellement à 74 ans et demi ne le branchait que moyennement. Passer sa retraite à vivre de ses cotisations, à jouer aux cartes et à apprendre au petit Kevin à jouer au base-ball tout en lui racontant gaiement quelques épisodes de la 4è guerre mondiale comme l'aurait fait n'importe quel digne grand-père, c'était trop lui demander. C'était vrai, il n'avait jamais aspiré à grand-chose dans la vie jusque là. Il allait avoir 28 ans, il était célibataire, il n'avait plus de parents, pas de frère et sœur, à peine quelques rares camarades de bureau, pas même une perruche de quoi s'occuper. Il n'avait aucune passion, aucun violon d'Ingres à assouvir ; pêche, football, sadomasochisme, rien ne l'intéressait au point d'en laisser une part à son emploi du temps. Il s'était dans sa jeunesse passionné pour les religions, mais son projet secret s'était envolé tout entier comme une liasse de post-its quand il avait été refusé à l'Académie. Le jour où il avait raté le coche, pensait-il souvent. Il avait dû se tourner vers la Police et lâcher toutes ses ambitions d'une vie idéale lorsque la facture de son premier loyer était arrivée dans sa boîte aux lettres. Sa bourse d'études lui suffisait auparavant, maintenant il n'avait plus rien ; un tract dans la rue avait choisi pour lui son parcours futur et l'avait transformé en l'être désabusé qu'il était avant de mourir. Cet être-là même qui avait décidé un jour qu'il cesserait d'exister avant de connaître l'obésité, les fusillades municipales et la future guerre mondiale contre le Danemark. Il ne voulait pas prendre le risque de vivre tout cela. Certains auraient volontiers considéré son choix comme une forme de lâcheté ; mais c'en était tout autre. Il préférait mourir que de voir son triste monde se ramasser sur lui-même. Et c'était le regret, la rage et l'impuissance qui l'amenaient là.
Il voulait mourir jeune, certes ; mais pas maintenant. Pas comme ça. C'était trop tôt, trop brusque, trop inattendu. Il aurait au moins voulu avoir son mot à dire. Ok, c'est bon, tuez-moi, mais par pitié, laissez-moi lire Nietzsche avant. Et amenez-moi un verre de bourbon avec une paille. Puis soyez gentils, fermez la porte, j'ai envie de mourir seul.
L'horloge de la grande St Maria Goretti's Tower sonna une heure du matin, se moquant éperdument de la situation intemporelle de David.
Piqûre.
Il bifurqua dans l'étroite St Bol St, cette ruelle aussi mal famée qu'odorante, qui coupait la plupart des grandes avenues de la ville avant d'aboutir à proximité de l'appartement de l'ex-policier. Il en avait assez de marcher, cette nuit, ces lampadaires, aucuns ne parvenaient à lui faire changer les idées. Il avait avant tout envie de voir son appartement avant qu'on ne lui confisque, et sa méfiance envers les agents immobiliers lui faisait penser que cette espèce-là accomplissait d'obscures exactions le soleil parti.
Il traversa sans problèmes le dégoûtant passage, évitant comme il le pouvait les poubelles renversées et les flaques douteuses. Aucun évènement notable n'eut lieu, mis à part quelques chats qui grincèrent et abandonnèrent leurs trésors d'ordures ménagères à son approche.

Evidemment, la lourde porte de l'immeuble était fermée. Et inutile de se défoncer puis de ramasser son épaule pour faire sauter le verrou et passer à l'intérieur ; mêmes morts, les locataires ne sont pas autorisés à dégrader le bâtiment. En plus, le bruit réveillerait les voisins qui pourraient témoigner et porter plainte pour tapage nocturne. Il aurait pu passer par la fenêtre du couloir du 3è, celle qui fermait mal et qui tuait en moyenne quatre personnes par an ; mais pour cela il lui fallait aller demander l'échelle chez la concierge, et la connaissant, elle refuserait catégoriquement de la lui laisser cinq minutes tout au plus. Quelle vieille peau, pensa-t-il, je lirai les petites annonces dès demain pour trouver un meilleur proprio.
Il passa sur la petite ruelle à la gauche de l'édifice. Par là, il y avait peut-être moyen de monter avec l'échelle de secours.
Le sort était terrible envers lui ; l'échelle était tombée et baignait négligemment dans une flaque verdâtre d'eaux usées. Honteux, jura-t-il. Ils vont m'entendre à la réunion des locataires. Il reprit la direction opposée, maugréant et enfonçant rageusement ses poings dans les poches de son manteau.
... Il y avait quelque chose dans la droite. Il accourut sous le lampadaire le plus proche, même s'il savait déjà ce que la lumière allait lui révéler.
Un trousseau de clefs. Magnifique, on se croirait dans un roman tellement c'est basique et facile. Une fois encore, Supa-Dring lui avait sauvé la mise, quel talent ! Le zombie se précipita sur la vieille serrure rouillée et y enfonça l'énorme clef turgescente, qui dans un tintement jouissif lui indiqua qu'il pouvait lui aussi franchir l'accès.
La familière odeur de renfermé qui l'accueillit fit naître en lui un vague rassurement. Il était revenu chez lui, enfin. Les nobles et fières taches d'humidité au plafond, l'antique papier peint jauni par le temps et l'admiration des regards portés sur lui, le carrelage aux envoûtants motifs kitsch fendu de toutes parts... l'apaisant et chaleureux cocon sans radiateurs était revenu autour de lui, dans toute sa précaire splendeur. Il fonça à l'aveuglette vers la rampe d'escalier et sauta quatre à quatre les marches jusqu'au 5è étage dont, sur la pointe des pieds, il traversa le couloir principal en comptant ses pas, comme il l'avait tant fait après ses longues heures de travail nocturne.
Silencieusement, une main sur la clé et l'autre sur la poignée, il tourna le verrou, pénétra dans l'entrebâillement et ferma sa porte avec douceur.
Une gigantesque bulle, mélange de nostalgie, de mélancolie et de douleur, monta de son ventre et éclata dans sa gorge lorsque l'ampoule allumée lui permit de revoir son corridor. Non pas parce que celui-ci était laid, non, mais parce que la confusion de la situation dans laquelle il se trouvait était telle qu'il avait l'impression de revenir chez lui après un très long voyage. Il se sentait à la fois chez lui et la fois étranger ; ici, il était rassuré, mais un sale goût au fond de la cervelle lui soufflait qu'il n'était plus à la maison. Il n'en avait que faire ; il piétina les journaux qui s'étaient accumulés depuis une semaine derrière sa boîte aux lettres et alla effondrer ses membres obsolètes sur son lit.
Les yeux dans le vague, il contempla les méandres poétiques de l'humidité sur son plafond. Il l'avait pourtant repeint ; il se concentra sur la chose un long moment avant de laisser tomber et d'admettre que tout finissait toujours par pourrir. A nouveau il regarda au dehors à travers la fenêtre.
Qu'était-il devenu, en somme ? Un être insignifiant ; un atome perdu, rejeté du noyau et condamné à voguer seul dans le rien pour le reste de ses jours, si les atomes avaient une existence à proprement parler. Une abeille isolée de sa ruche, une fourmi éloignée de la cité, un asticot privé de son cadavre. Ahah. Bravo. Des idées comme ça tu te les gardes. En somme, aux yeux du monde, dans les registres de l'administration, il n'existait plus. Un tampon « Mort, inutile d'envoyer la facture de gaz » marqué à jamais sur sa feuille personnelle.
Que faire, maintenant ? Sortir et explorer le monde ? Non, hélas. Son physique et l'inspecteur le sommaient de rester où il était. Se venger, alors ? Il n'en trouvait pas l'utilité. Il n'avait pas goût à beaucoup de chose. Il aurait voulu pouvoir vivre, se manger un sandwich au thon en regardant une émission abrutissante de télé-achat, se vider les neurones tourmentés en ne pensant plus à rien si ce n'est à acheter l'espace de quarante-cinq minutes. Ou s'allonger, laisser couler le temps au-dessus de ses yeux clos et emporter toutes ses contraintes.
Mais ses paupières restaient invariablement ouvertes, laissant l'air froid de la nuit s'engouffrer dans sa solitude. Demain, il devrait se trouver un nouvel endroit pour vivre, fonder de nouvelles habitudes, apprendre à éviter la lumière du jour. Demain.
Il retourna à la porte et ramassa le journal le plus en dessous de la pile effondrée, celui de samedi dernier. Il tourna frénétiquement les pages jusqu'à tomber sur l'article qui l'intéressait. En bas à droite de la page, calé sous Tournoi de cartes effréné à l'Amicale des Anciens Combattants ce week-end, dix lignes étaient titrées Un policier assassiné sur les ports, accompagnées d'une photo du jeune David en uniforme.

« Le tragique coup du sort aura voulu que l'agent David Johnson se retrouve dans la nuit de vendredi à samedi confronté à La Poudreuse, ce gang de snowboarders héroïnomanes connu pour ses violentes altercations avec la Police au cours des cinq dernières années, depuis la création de leur mouvement séparatiste. Le policier en patrouille aura été sauvagement agressé par une bande que les enquêteurs estiment à plus de dix personnes, puis, se défendant avec force et courage, abattu de dix balles de revolver dans la poitrine, puis laissé à l'abandon sur le pavé. Ses funérailles auront lieu samedi prochain dans l'après-midi au Cimetière Principal de la ville, en présence de Mr le Maire qui remettra à titre posthume la Médaille de l'Ordre du Mérite au défunt. »

Samedi prochain. Demain. Tout à l'heure, même. Il irait. Il voulait se voir définitivement disparaître, être rayé de la liste. Il s'y rendrait discrètement et assisterait à son enterrement, voir les humeurs des uns, les réactions des autres. L'expérience était suffisamment rare et intéressante pour attirer son attention. Rares étaient les hommes qui pouvaient avoir un regard extérieur de leur mise en bière. Peut-être, et c'était une pensée assez singulière, que ça lui remettrait les idées en place, qu'il verrait tout à coup ce qu'il a à faire.
David retourna s'allonger sur son lit. Une dernière fois avant de partir et de commencer un nouveau chapitre. Il reposa les yeux sur les lattes du plafond et se laissa transporter par les volutes de moisi, offrant au vide de s'installer dans sa tête. Demain. Tout commencerait demain. Son enterrement serait un point de départ.
Cette nuit-là, il ne dormit pas.
_____________________

NdA: Chapitre très difficile à écrire, ça se ressent peut-être.

1 commentaire - aucun rétrolien

THE UNDEAD - #Publication Ralentie.

Ohé les aminches, eun effet, ça fait un bail que j'ai point posted, désolé, lycée toussa, mais l'écriture continue lentement de progresser, envoie-moi un cierge ou du lubrifiant à l'adresse non spécifiée ci-dessous, d'avance, merci public. En parlant de public, le commentateur norvégien automatique, tu commences à être lourd, cordialement bisous.

Sinon, si moi ça va, c'est ça?
... A ton avis?

2 commentaires - aucun rétrolien

THE UNDEAD - #3 : EVEIL AU MONDE NOUVEAU.

 

- Faites comme chez vous, Undead, mais ne touchez pas à mes affaires.
Le cabinet de l'inspecteur était un bazar gigantesque. Sur le bureau, une infinité de feuillets, de journaux et de tasses à moitié vides occupaient toute la surface disponible en s'empilant de manière assez dangereuse. Certaines fiches étaient tachées de café, d'autres froissées ou déchirées pendaient négligemment sur les bureaux. Une foultitude de dossiers était tombée au sol et semblait y être depuis un moment. Des cartons pleins de ce genre de dossiers étaient posés voire renversés au sol contre les murs, à côté de piles incroyables de vieilles revues et d'une poubelle qui débordait de papiers froissés et de gobelets en plastiques. Les volets roulants étaient tirés et ne devaient pas être ouverts très souvent ; des post-its, des photos, des factures et des portraits-robot étaient accrochés sur les barres de plastique. Une forte odeur de moisi et de renfermé régnait dans la pièce, et David craignait de ne pas en être l'unique source. Il tira une chaise de ce fatras et s'assit en face de son ex-supérieur officiel. Ce dernier sortit quelques instants et revint avec une boîte de beignets à la main.
- Vous en voulez ? Je plaisantais. Avant toute chose, il faut que vous me racontiez ce que vous avez vu l'autre soir chez ce malade, et pourquoi pas comment vous êtes arrivé chez lui.
Il raconta alors toute sa soirée, ne manquant aucun détail, faisant part de ses commentaires et de ses états d'esprit correspondant aux différents moments de son périple. Il parla du balafré, du conduit d'aération, des bocaux géants, de leur contenu. Il se surprit lui-même à conclure par ‘Et là, je suis mort'. Il eut un frisson en prenant conscience de ce qu'il venait de dire.
- Et ça fait mal ?
Il fronça les sourcils, pris d'une grande réflexion.
- Bref. J'avoue, je ne m'attendais pas à des projets d'une telle envergure de la part de ce timbré. La dernière fois qu'on l'avait coffré, il avait séquestré un cadavre dans son grenier et essayait de lui enfoncer des écrous dans les narines en répétant « Vis, vis ! ». Pour sa défense à son procès, il avait juré l'avoir vu dans un film. C'était le 17 Mars, en 93. Foutue journée pour la Police. La Clock City Police Dept Football Club, niquée par forfait trois buts à deux par les Grumble Town Police Football Deers. Je me revois encore, courant vers les buts pour marquer l'égalité, avant que l'arbitre ne nous siffle la fin de la mi-temps et la mort du coach. J'ai encore la certitude qu'il avait été payé pour faire sa crise cardiaque et nous gâcher le match.
- Et Kramer, qu'est-ce qu'il lui est arrivé ?
- ...
- Quoi ?
- Kramer ne joue pas au football, imbécile.
- ... Pendant son procès.
- Hum, il a été relâché, sa plaidoirie était valable ; on ne condamne pas les gens parce qu'ils vont au cinéma. Après l'acquittement, il a longtemps disparu, puis il est revenu ici, et quelques mois après son retour, notre maire changeait de voiture et nous interdisait de toucher à son nouveau protégé.
- Ca ne vous a pas mis la puce à l'oreille ?
- Des puces ? Ahah, bien à vous de parler, immonde réservoir à bactéries ! Nous avions d'abord fait coffrer son garagiste en pensant que c'était lui qui avait une influence néfaste sur notre patron, mais ça n'a rien changé. Le rapprochement s'est fait plus tard.
- Qu'est-ce que vous pensez de ses nouvelles installations, donc ?
- Je vois où en sont ses investissements, maintenant ; et pour être franc, ça m'inquiète beaucoup. Notre homme a bien changé, je crois. Ca n'annonce rien de bon. Je vois mal actuellement ce qu'il cherche à faire, et c'est bien ce qui me fait peur. Hmm... Et s'il cherchait à saboter notre prochain match ? Quelle perfidie... Mais j'ai le moyen de concrétiser mes craintes.
- Vous pensez que je devrais y retourner ?
- Vous êtes fou ! Il ne doit rien savoir de vous pour l'instant. Ni lui ni le maire. Je tiens absolument à ce qu'aucun d'eux deux ne sache que vous êtes toujours parmi nous. Depuis que vous avez passé le rideau, vous devez travailler dans l'ombre.
-...
- Roh, détendez-vous ! Vous êtes plus froid qu'un mort !
- ...
- Pourtant, celle-là je la trouvais assez drôle... Vous devez resté caché et le plus discret possible, c'est impératif. En vérité, seuls Dring et moi serons au courant de ce qu'il vous arrive. Vous êtes notre arme pour passer toute la sécurité qui a été mise autour de Kramer, sans que personne ne le sache : vous êtes notre taupe. D'ailleurs, vous savez où vivent les taupes ?
- Eh bien... Sous terre ?
- Exactement. Vous êtes taillé pour ce job. Bref, reprenons. Quelques semaines avant votre mort, nous avions illégalement envoyé quelques hommes surveiller les moindres faits et gestes du scientifique ou de ses hommes. Certes, ils sont tous morts, mais nous avons pu obtenir quelques informations vraiment très intéressantes. Bon, et si on allait voir votre futur équipement de fonction  ?
- Vous ne me donnez pas ces informations ?
- Hein ? Ah euh, c'est vrai. Eh bien tous les vendredis, l'un de ses sbires -lorsque ce n'est pas Kramer lui-même- se rend chez un libraire, au coin de la 142è, un certain Elie Daronovski. Il y reste toujours une demi-heure, pas plus, et la boutique est fermée à ce moment-là. D'après deux de nos hommes, Kramer ou un de ses acolytes semble cacher quelque chose sous son manteau à chaque fois, aussi bien à l'aller qu'au retour.
- Et... c'est tout ?
- Comment ça, ‘c'est tout' ? Est-ce que vous pensez une seule seconde à tous ces litres de café englouti, à toutes ces heures d'attente dans le froid et sous la pluie, à tous ces pauvres hommes morts pour leur mission, à toutes leurs familles qui ne recevront aucune indemnité parce qu'ils sont morts en civil pour ne pas éveiller les soupçons de l'ennemi , quand vous dites ‘c'est tout' ? Pour l'honneur de ces héros, pour le repos de ces familles éplorées, terminez l'enquête, boutez l'infâme hors de notre ville et prouvez qu'ils n'ont pas succombé pour rien ! Vous irez chez ce libraire, vous me rapporterez des révélations, vous repasserez chez le pâtissier prendre ma commande, et à ce moment-là, peut-être que je daignerai vous pardonner votre effronterie, immonde être sans coeur. Non non, ne dites rien, n'essayez pas de vous rattraper, vous avez jusqu'à lundi pour aller chercher mon colis. Au-delà, il est remis en vente, et ce n'est pas ce que vous désirez, n'est-ce pas ?
- Hum, il faut dire que...
- C'est ça, c'est ça, Monsieur Je c'est tout, fermons le sujet. Et allons continuer la discussion à l'armurerie, si vous le voulez bien.
Ils sortirent tous deux du bureau, l'inspecteur marchant rapidement devant David. Ils traversèrent des bureaux totalement déserts et dans la pénombre. Les volets n'étaient pas tirés ; c'était la première fois qu'il voyait le ciel depuis son réveil. Et la nuit avait déposé son épais voile noir depuis de longues heures. Comme toujours, les lampadaires devenaient maîtres des passants, influant dans leurs pensées comme dans leurs actes. Au loin, deux faibles lueurs rouges vacillaient à travers ce sombre spectacle.
David eut un mouvement de recul. Mes yeux, pensa-t-il. Ce sont mes yeux. Il revint face à la vitre. Ses deux iris étaient entièrement rouges. D'un rouge sang. Il resta un instant à fixer intensément ces deux profondes lumières fascinantes qui éclairaient son visage, le reste du monde suspendu en plein vol.
Puis, un cri de l'inspecteur le ramena au Central. Il traversa en courant les bureaux puis bifurqua à l'intérieur de la porte ouverte dans le nouveau couloir qui s'offrait à lui.
Les néons couvrant le stand de tir s'allumaient l'un après l'autre, tandis que l'inspecteur s'avançait vers l'ex-policier, un pistolet à la main.
Sans prévenir, il fit feu sur lui.
- Bouh ! Ahah, je vous ai fait peur ?
David baissa les yeux. Il y avait un trou encore fumant entre ses côtes, mais il ne sentait presque rien.
- Tenez, amusez-vous avec ça, j'ai oublié mes clés dans le bureau de Dring.
Il jeta l'arme encore toute chaude entre les mains du zombie. Ce dernier regarda un instant l'objet, puis, ses réflexes lui revenant, le passa entre tous ses doigts, avant de se mettre à tirer contre une cible à dix mètres.
Il enchaîna les panneaux sans mettre une seule balle à côté. C'était un fait, sa précision s'était accrue. Il atteignait sans problème des corps loins de lui, et pouvait faire des trous dans les plus proches avec une finesse plus que chirurgicale.
L'inspecteur revint, alors que David rechargeait son arme pour la troisième fois, sans cesse étonné par la nouvelle capacité qu'il s'était découverte. Au bout de son doigt pendait une petite clé, et ses bras étaient chargés de la ceinture que Dring avait montrée à David plus tôt dans la soirée.
- Dring est parti se coucher, il vous souhaite un bon repos éternel. Il m'a demandé de vous donner ça.
Il tendit au zombie la ceinture en cuir, sur lesquelles étaient accrochées une douzaine de petites recharges du mélange dont le professeur avait parlé. Il y avait aussi un étui, à côté des petits flacons. A l'intérieur, un étrange pistolet avec une aiguille au bout attendait d'être utilisé. David introduisit l'une de ces recharges dans ce dernier, puis posa l'embout sur son bras, et pressa la détente.
A la douleur de la piqûre se succéda une vague de bien-être, qui se répandit dans tout son corps. Un léger frisson le parcourut, mais il ne sût pas si c'était le plaisir ou la froideur de la mixture qui en était la cause. Il baissa à nouveau les yeux : sa plaie se résorbait à vue d'œil.
- Erk, si ce truc rebouche tous vos trous, à votre place je me méfierai.
- L'humour est une chose innée, chez vous, n'est-ce pas ?
- Suivez-moi, coincé personnage, j'ai quelque chose pour vous.
L'inspecteur traversa la salle de tir, puis la salle d'armes en elle-même, avant d'atteindre une lourde porte blindée. Il introduisit la petite clé dans un petit renfoncement et tapa un code à quatre chiffres juste en dessous, qui fut confirmé par un petit *tilt*. On entendit quelques rouages se mettre en marche, puis la porte commença à pivoter sur elle-même, laissant découvrir ce qu'elle renfermait.
C'était une pièce hexagonale moyenne, traversée verticalement en son milieu par un imposant tuyau de verre, aux cloisons tout en métal blanc et éclairée par un néon à chaque mur, où avaient été entreposées une multitudes d'engins expérimentaux, toujours plus incroyables et extravagants les uns que les autres. L'ex-policier n'avait jamais rien vu de tel ; il n'avait même tout simplement jamais entendu parler de cette salle. Il vit d'étranges aspirateurs laser à mettre sur le dos, d'énormes fusils munis d'un complexe refroidissement hydraulique, des grenades qui se changeaient en araignée lorsqu'elles étaient lancées. Tous ces objets luisaient et semblaient en état de service, mais n'avaient pas l'air d'avoir souvent bougé des socles sur lesquels ils reposaient.
L'inspecteur contourna le tuyau transparent et s'arrêta de l'autre côté de la salle, exactement en face de la porte.
Sur le mur était accroché un pistolet en argent. La crosse et la gachette n'avaient rien de particulier ; à l'inverse, le canon était énorme. Un peu plus long que la moyenne des armes de ce genre, mais au moins deux, peut-être trois fois plus large.
Avec précaution, l'inspecteur le décrocha du main, le pesa entre ses mains, fit quelques mouvements avec puis le tendit au zombie.
- Smith & Wesson Omega 12, un bien bel engin que voilà, tout juste sorti des labos expérimentaux et déjà interdit à la vente. ‘Un peu trop puissant pour nous-autres', a dit la commission. Je les comprendrai jamais. On est en Amérique, merde ! Rien n'est trop puissant pour nous, enfin ! Nous y voilà donc : balles spéciales 12 mm, portée d'un peu plus de 60 mètres, 15 balles par chargeur, graissage une fois tous les 3 mois.
David, fasciné, prit le pistolet à son tour entre ses mains.
- A l'origine, un Mauser M712 Schnellfeuer vous était destiné, suite à une restriction de budget, mais Dring et moi-même avons pensé qu'il était plus préférable de vous munir de quelque chose de plus consistant. Allons l'essayer.
Ils traversèrent à nouveau la salle d'armes, tandis que les néons s'éteignaient et que la porte blindée se refermait derrière eux. David, devant un des stands de tir, chargea l'arme et sans perdre un seul instant tira dans l'une des cibles à moyenne distance.
A la puissante détonation se succéda un impressionnant impact sur le mur. L'ex-policier resta quelques instants sans voix.
- Mais c'est...
- Fantastique, en effet. C'est un modèle unique ; et il est à vous. Vous aurez largement de quoi vous défendre, maintenant.
L'inspecteur quitta le stand de tir pour aller chercher son manteau dans son bureau. David prit le pistolet et les recharges, et après un dernier coup d'œil, les rangea dans la poche intérieure de son imper.
- N'oubliez pas, nous sommes vendredi, samedi dans quelques minutes, vous avez jusqu'à lundi pour rencontrer ce libraire. Je compte sur vous pour la discrétion et l'efficacité. Voilà, je crois que c'est tout. Que comptez-vous faire, maintenant ?
- Eh bien... Vu l'heure tardive, je pense que je vais rentrer chez moi...
- Chez vous ? Oh !, ahah, mais mon pauvre ami, vous n'avez plus de chez vous !
- QUOI ???
- Vous êtes officiellement mort, on ne loue pas d'appartement à un décédé ! Voyez l'aspect pratique, qui irait chercher son loyer dans un cimetière ? Désolé, vous pouvez encore y faire un tour ce soir si vous voulez, mais étant donné que vous n'avez aucun parent proche, dès demain, il sera remis en vente.
- Mais... Et mes meubles, mes affaires ? Tout ce que je possédais ?
- Quel raisonnement matérialiste. Soyez heureux, une nouvelle vie s'offre à vous ! Croyez-le, j'aimerais être à votre place. Tout le contenu de l'appartement sera réquisitionné par la Police puis envoyé à une vente de charité. Vous aviez une télé ?
- Euh, oui, mais pourquoi ?
- Eheh, eh bien maintenant, elle est à moi ! Elle est récente ?
- Et où vais-je dormir, moi, maintenant que je n'ai plus nulle part où aller ?
- Allons... il y a des milliards d'endroits qui n'attendent que vous ! Cherchez un peu, soyez original ! Innovez ! Je ne sais pas, moi, une crypte, un cimetière, une église, un endroit où ça ne choque pas de voir des zombies !
- La vidéothèque de George Romero ? 
- Par exemple, oui, vous voyez que vous avez des idées !
David remercia l'inspecteur de son compliment puis, enroulant son écharpe, s'enfonça dans la profondeur du monde de ténèbres qui était désormais le sien.

1 commentaire - aucun rétrolien

THE UNDEAD - #2 : RENAISSANCE.


David Johnson ouvrit péniblement les yeux. Une vive lumière blanche lui attaqua aussitôt la rétine. Plissant les yeux, il distingua un homme habillé de blanc, penché au-dessus de lui.
« Où... Où suis-je ? »
Le visage s'éloigna de lui. Le policier était allongé, mais trop faible pour se relever et le suivre. Il entendit au loin « Ca y est, il est réveillé ».
L'homme revint, accompagné d'une seconde personne, moustachue et impassible, qui n'était pas sans rappeler quelqu'un à David. Ils se penchèrent chacun leur tour, le premier resté plus en arrière.
- Salut, Johnson, content de vous revoir. Vous êtes à l'infirmerie du Central, répondit l'inspecteur en chef.
- Je... je suis vivant ?
Le visage de l'inspecteur prit une mine embarrassée.
- Eh bien... Fondamentalement, non, dix-huit balles dans la poitrine plus une soirée complète en compagnie d'un vieux pervers nécrophile, ça ne pardonne pas, vous savez.
- Alors... Je suis mort ???
- Hum, non plus, à vrai dire. Disons que vous êtes... ‘entre les deux', si vous voulez. Vous êtes resté dans le... ‘coma' pendant plus d'une semaine, et c'est le Professeur Dring ici présent qui vous a ramené parmi nous.
- C'est fou tout ce qu'on peut faire de nos jours avec un peu d'uranium et de naphtaline !
- ... Hum, autant ne pas vous le cacher, Johnson, scientifiquement, vous êtes ce que l'on appelle un ‘cadavre', et si la fougue expérimentale de ce jeune stagiaire n'avait pas été là, vous ne pourriez pas discuter avec nous à l'heure actuelle.
- Mais... c'est impossible ! Vous plaisantez... On ne ressuscite que dans la Bible, pas dans le monde réel !
- La science fait des miracles, de nos jours, ahah.
- Ca... Ca ne se peut pas ! Comment fais-je pour respirer, pour vous voir ? Je ne vis plus ! Le sang ne coule plus dans mes veines ! Je suis froid ! Froid !
- On peut monter le chauffage si vous voulez.
- Je vais vous expliquer, Johnson. C'est bien simple, en mélangeant par inadvertance les fioles de 235U et de C10H8 qui traînaient sur un coin de mon bureau, j'ai réalisé un choc thermique qui a stabilisé les deux composants mélangés, que j'ai immédiatement injectés dans votre ur...
- Cessez donc votre charabia communiste, Dring, nous avons mieux à faire. Johnson...
- Pourquoi m'avoir gardé en vie ?
- J'allais y venir. Vous vous êtes introduit chez le Pr Kramer. Sans le savoir, je suppose, sinon vous ne vous y seriez pas aventuré.
- Pourquoi ça ?
- Parce que le maire a interdit à quiconque de la Police de pénétrer le bâtiment. Nous savons que cette fabrique de copeaux de bois n'est qu'une couverture ; qui achèterait des copeaux de bois ? Nous sommes quasi certains que ce malade continue des expériences malsaines dans sa cave. Contre toute éthique, il entreprend encore ces foutues manipulations génétiques sur l'être humain, à le détriturer, en faire n'importe quoi à sa guise, à défier les lois fondamentales de la nature...
L'inspecteur serra les dents et se frotta le front, comme dégoûté de ce qu'il imaginait.
- Mais ce salaud a le fric et le maire de son côté, et ce maire nous tient par les testiburnes, sans vouloir vous faire de schéma. Il nous refuse tous nos mandats d'arrêt, ferme les yeux devant nos dossiers et menace de licenciement celui qui osera aller à l'encontre de ses ordres. Vous avez foutu une sacrée merde en rentrant là-dedans.
- Comment avez-vous pu me récupérer, alors, si vous n'êtes pas autorisé à entrer ?
- Ces ordures... Les éboueurs vous ont retrouvé dans la benne, au petit matin, troué de partout... Ah les salauds...
- Ca ne me dit pas pourquoi vous me gardez en vie.
- Pour le fric, Johnson, le fric et les gonzesses, voilà pourquoi on vous garde. ...Vous êtes le seul, absolument le seul policier que nous connaissons à avoir pu infiltrer le bâtiment. Et à en être sorti. Ca va, je plaisante. Vous êtes un atout considérable pour pouvoir pénétrer chez ce dingue. De plus, l'interdiction ne vous concerne plus, vous êtes mort et destitué de vos fonctions.
- Destitué des mes fonctions ??
- Aux yeux du peuple, vous êtes mort en héros et on viendra saluer aux funérailles celui qui s'est courageusement battu seul contre un gang de dealers snow-boarders qui se fait appeler ‘La Poudreuse'. Aux yeux du maire et de ses amis, vous êtes viré et accessoirement mort. A nos yeux, vous êtes un formidable moyen de pénétrer chez Copeaux & Co et de lever le voile sur ces saloperies qui se déroulent en arrière-salle.
- Vous ne pouviez même pas me garder comme simple agent de la circulation ? Comment vais-je avoir un salaire, si je n'ai plus de travail ?
- Vous ne voulez tout de même pas que les gens sachent que la Police emploie des cadavres ? On aurait l'air de quoi, nous, à poster des affiches en ville « La Police recrute » avec une photo de vous ? Non, désolé, Johnson, vous êtes officiellement démis de vos fonctions. De toute façon, réfléchissez, que s'achèterait un mort avec dix dollars ?
- ...
- Que se passe-t-il ?
- J'ai un peu de mal avec l'appellation ‘mort'.
- Vous préférez ‘cadavre' ? Ca ne me dérange pas, je ferai un effort si ça vous convient mieux.
- ...
- Désolé, mais il va falloir vous y faire, vous ne vivez définitivement plus.
- Hélas... Il va falloir que je m'habitue à mon cœur inerte et à mon corps gelé pour l'éternité...
Il leva ses mains à hauteur de ses yeux. S'il avait encore pu, il aurait eu mal au ventre de ce qu'il voyait. Deux membres à la peau verdâtre et fragile, comme sur le point de céder par endroits, vidés de tout leur sang et tachés par endroits de moisissures. Les doigts n'avaient plus leur rondeur d'antan. Juste dix crochets arrondis qui pendaient au bout de celles qui furent un jour ses mains.
Le Professeur Dring réapparut.
- Désolé de vous décevoir dans vos rêves, l'ami, mais oubliez tout de suite le glaçage éternel. Vous êtes cadavre, et comme tout bon cadavre qui se respecte, vous pourrissez peu à peu, donc n'espérez pas garder la sveltesse de vos vingt ans toute votre mort sans rien faire. La contrepartie de votre résurrection, c'est un traitement.
Il s'absenta quelques secondes et revint une seringue à la main. Il la porta devant ses yeux et ajusta le liquide vert foncé dedans.
- Justement, c'est l'heure de votre piqûre. Ceci (il avança la seringue) est votre unique moyen de survie dans cet hostile univers de vivants qu'est le nôtre. C'est un composé de ma confection à base de form...
- Hum, broum, à base d'aldéhyde formique H2CO (l'inspecteur prit la seringue des mains du médecin.), voilà voilà.
- Du formol, quoi.
- ...
- J'ai fait un an de médecine avant de faire la circulation.
- Bref, qu'importe, qu'importe. Vous voulez que je vous fasse la piqûre ?
- Vous devrez régulièrement vous piquer par intraveineuse, Johnson. Une dose environ toutes les quatre heures sera suffisant, une dose supplémentaire à n'importe quelle heure si vous êtes blessé, c'est impératif. De même, si à quelque moment que ce soit vous sentez que l'un de vos bras se détache ou que vous ne pouvez plus avancer qu'à cloche-pied, ne perdez pas un instant. Vous avez deux ennemis, qui accélèrent la décomposition : l'acide - fluorique, sulfurique, tous ceux en -rique -
- Numérique ?
- En effet, inspecteur, en effet ! Donc, les acides, et pire encore, l'eau. Votre... hum, kryptonite, si je puis me permettre. L'eau en grande quantité vous sera mortelle, huhu. L'eau dilue très facilement le formol, ce qui le rend totalement inefficace, de plus, elle gonfle les pores, peut déchirer vos tissus musculaires fragiles et même arracher votre peau si le choc est violent. Pas de problèmes pour la pluie, mais oubliez la natation, mon vieux.
Il disparut à nouveau du champ de vision de David et revint, une ceinture en cuir entre les doigts.
- Je vous ai préparé des doses pour la semaine à venir. Dès que vous en avez besoin, n'hésitez pas à venir m'en demander. J'ai un cousin qui travaille dans les pompes funèbres, il peut m'avoir des bons plans.
L'inspecteur sortit le bras du policier de ses draps et le piqua, d'un coup sec et violent. Il poussa un cri de dégoût.
- Que se passe-t-il ?
- Bon Dieu, Dring, faites donc quelque chose contre cette odeur de décomposition ! C'est intenable !
- Eh, écoutez, je veux bien ressusciter des gens, mais faut pas trop m'en demander non plus ! Vous êtes chié, vous, achetez du déodorant, mais ne critiquez pas la science ! 
Dring, jetant un regard noir à l'inspecteur, s'en alla dans son bureau.
- Quelle susceptibilité. Incapable d'accepter la critique.
- Merci, pour la piqûre.
Dring revint en claquant la porte, un bombe désodorisante à la main. De mauvaise humeur il en parfuma toute la pièce puis les draps de David.
- Satisfait ?
- J'aime pas la vanille.
- Je sens rien.
- Bien ! David, auriez-vous encore quelques questions d'ordre intelligent avant que l'inspecteur ne vous amène dans son bureau pour vous interroger?
- Eh bien...
- Oui ?
Les deux hommes étaient penchés sur lui, de chaque côté de son lit.
- Ca va vous paraître stupide...
- Allons bon, ne dites pas ça, l'inspecteur pourrait croire que vous lui piquez son métier. Qu'est-ce qui vous tracasse ?
- Je me demandais si... en tant que cadavre, je pouvais encore manger...
- Oh ! J'allais oublier de vous en parler. Eh bien, je pensais comme vous, en principe, non, les cadavres ne mangent pas, ils se font manger, mais en tant que cadavre spécial j'ai pris l'initiative de vous étudier. Votre cerveau fonctionne encore, en vérité, et il a besoin d'un composant particulier que le corps ne peut fournir naturellement.
- Et dans quoi puis-je trouver ce composant ?
- Dans les chats.
- Quoi ???
- J'ai bien peur qu'il ne vous faille attraper du félin si vous voulez rester plus longtemps parmi nous. Votre unique chance de survie réside dans leur gros colon.
- Bon... S'il faut passer par là...
- Désolé, c'est l'inconvénient de la résurrection. Si ça peut vous consoler, pensez que Jésus lui-même a du passer par là.
- Va bien falloir que je m'y fasse, de toute façon...
- ...
- ...
- Quoi ?
- Pffrr non on déconne, Johnson, vous pouvez rien avaler, vous avez plus d'estomac. Allons, je crois qu'il est l'heure de se lever.

A sa grande surprise, David sortit du lit sans problème. Le formol l'avait revigoré.
Il suivit les deux hommes jusqu'à l'autre bout de la pièce. Un miroir attira son attention. Il s'arrêta net devant son reflet.
Il n'était plus le même. Le reste de son corps était à l'image de ses mains. Vert, taché, maigre et fragile en apparence. Il avait effroyablement maigri. Ses côtes étaient visibles, tous comme les os de sa main ; son visage avait presque parfaitement adopté la forme de son crâne, et le fait qu'il n'ait plus un seul cheveu accentuait encore la chose. Son corps avait encore le mérite d'être droit, pensa-t-il. Il n'était pas bossu, et ses genoux n'étaient pas cagneux.
L'inspecteur arriva derrière lui. Il lui jeta un long manteau en cuir usé.
- Enfilez ça, je vous l'offre.
- D'où vient-il ? demanda David, profitant de l'occasion pour détourner les yeux de sa propre image.
- Je l'ai fait moi-même. J'aurais jamais pensé que l'option tricot au collège puisse m'être utile un jour !
- Ces mailles en cuir sont vraiment incroyables, je vous assure, votre talent n'est pas dans un bureau.
- En vérité, il a appartenu à votre père. Il aurait été fier que son fils reprenne le manteau et le métier de son papa. Dommage qu'il ne soit plus là...
- Je n'ai jamais connu mon père.
Il prit un dossier sur le coin du bureau.
- Johnson, Don, ce n'est pas de votre famille ?
- Non.
- Merde, j'aurais dû vérifier. C'est dommage, on perd l'aspect symbolique, d'un coup. Vous devez moins avoir l'esprit de vengeance en enfilant le manteau d'un parfait inconnu.
- J'avoue.
L'inspecteur et le scientifique regardèrent le policier dans la glace.
- Une nouvelle vie commence ; il faudrait vous trouver un nom, vous ne croyez pas ? Que pensez-vous de ‘Super-Zombie' ?
- Non, mieux : ‘Necroman' !
- Ou ‘Mega Cadavre‘ !
- ‘Captain Overdeath' sonne mieux.

Il se regarda de la tête au pied dans le miroir. Puis, il ramassa une écharpe noire sur une chaise, et l'enroula autour de son cou et jusqu'à masquer le bas de son nez.
- Non... Je crois qu'il faut quelque chose qui me définisse réellement. Et pour l'instant, tout ce que je vois dans ce miroir, c'est quelqu'un qui n'est pas mort. Je suis celui qui n'est pas mort. The Undead.

7 commentaires - aucun rétrolien

THE UNDEAD - #1 : Nouveau départ.

 

Trois heures sonnèrent, troublant de leurs douze coups le silence absolu régnant impitoyablement sur Clock City. A la lumière des réverbères, les derniers dealers rentraient chez eux, croisant de temps à autre les quelques rares voitures de police sillonnant inlassablement les mêmes avenues, selon un parcours toujours identique jour après jour, réglé minutieusement comme du papier musique, inspection - pause café - inspection - pause café - pause café - inspection. Les policiers, en tandem dans leurs Dodge surannées, scrutaient tous feux allumés d'éventuels personnages à l'aspect suspect, dangereux ou machiavélique, notamment ceux portant des armes à leur ceinture, l'expérience ayant appris au Central que cela cachait souvent quelque chose de louche. Parfois, les taxis venaient se joindre à ce silencieux cortège, à la recherche de l'éventuel personnage suspect mais susceptible de bien payer sa course.

Au large des ports, pourtant, un de ces véhicules bleus était arrêté. L'unique patrouille composée en tout et pour tout d'un homme et d'un talkie-walkie était en effet garée sur la 133è Avenue, le chauffeur mystérieusement absent de son bord, la portière encore ouverte et la radio émettant toujours les habituels « Secteur x, rien à signaler », « Secteur y, ici on s'emmerde », « Urgence secteur t, ce con a mis du café sur son futal ».

« Damn it damn it damn it » se répétait David Johnson, tandis que l'homme qu'il suivait accélérait. Cela faisait un bon quart d'heure que l'un marchait vingt mètres devant l'autre. Johnson se revoyait, s'apprêtant à sortir pour prendre avec un peu de retard sa pause café, avant de remarquer cet étrange personnage balafré au visage cacher un pistolet dans la poche intérieure de son imper. Il était sorti de nulle part, et avait pris la route d'un pas décidé vers les ports. « Un autre dealer », avait pensé David immédiatement ; mais les dealers ne marchaient jamais d'un pas décidé. Cet homme correspondait parfaitement à la catégorie ‘Louche' décrite dans le manuel : pas dealer, pistolet, allure décidée. Cela lui avait mis la puce à l'oreille, et il avait précipitamment quitté son véhicule.

Près des quais, l'air s'était grandement rafraichi, et les sources de lumières s'étaient faites beaucoup plus rares. Mais il avançait, imperturbable, connaissant la chemin par cœur. Cela devenait de plus en plus difficile pour David de le suivre, et comme il fallait bien s'y attendre, au détour d'un réverbère, l'homme disparut.
La panique s'empara du policier. Et s'il s'y était mal pris ? Et si l'homme avait remarqué qu'il était suivi ? Il regarda confusément à droite et à gauche, mais rien ne troublait plus la nuit imperturbable. Hésitant, il s'engouffra dans l'étroite ruelle sur sa droite, sortant le pistolet de son étui.

C'était un cul-de-sac ; mis à part la benne à ordure et quelques papiers au sol, il n'y avait rien, absolument rien. Pourtant, il sentait que cette étrange personne était passée par ici. Autant il hésitait tout à l'heure, autant maintenant il en avait la certitude. L'instinct policier, disait-on, pour faire cliché et donner un semblant d'esprit à tous ceux comme lui qui couraient inconsciemment se faire latter les testicules avec un certain sens du devoir.
Il n'y avait pas tellement de solutions. Silencieusement, il grimpa sur la benne à ordure, puis escalada le haut du muret avant de sauter de l'autre côté. Son esprit de déduction avait eu raison : sa cible marchait un peu plus loin dans la cour. David n'était jamais venu dans ce secteur ; il ne connaissait pas non plus le nom de l'usine dont il venait de pénétrer l'enceinte. Dans cette quasi-obscurité, elle semblait gigantesque, et l'homme ne semblait plus qu'être une silhouette vacillante au loin.

Doucement, la peur prenait possession des sens de David. Plus alerte, plus inquiet, il serrait avec force son pistolet, comme s'il serait tombé dans le vide s'il l'avait soudainement lâché. Il savait vaguement ce qu'il faisait, désormais, et se demandait s'il ne valait mieux pas faire demi-tour. Mais l'appel de la curiosité était trop fort, et il ne put s'empêcher de prendre un long souffle avant de continuer.

L'homme à vingt mètres devant lui fit le tour du gigantesque bâtiment, puis disparut à nouveau dans la pénombre. Le policier s'approcha silencieusement du coin d'obscurité d'où s'était évanouie la silhouette. Il n'y avait rien. Ni porte, ni fenêtre. Il caressa le mur de la paume de sa main : juste une cloison lisse. Il passa en revue toute la portion de béton qui se présentait avec fierté devant lui, lui faisant obstacle comme par défi. Du bout de ses doigts, il toucha le plus haut de la paroi qu'il pouvait, puis descendit doucement, avant de tomber en avant.
Il y avait un trou, en bas ; une conduite d'aération. Se demandant une dernière fois s'il n'était pas en train de faire une grosse erreur, il pénétra entièrement dans l'interstice métallique. 
Impossible de voir quoi que ce soit là-dedans ; il fallait avancer à tâtons. Ses doigts glissaient sur la surface lisse et gelée tandis qu'il rampait comme il le pouvait dans l'étroit conduit qui semblait ne jamais se terminer. Chacun de ses mouvements n'apportait qu'un noir opaque à ses yeux, diminuant peu à peu derrière lui la très faible lueur qui l'avait accompagnée. Le conduit prenait des voies complexes, démentes ; il tournait dans tous les sens, montait puis descendait brusquement ensuite, tournait à nouveau en spirale, montait brusquement et refilait droit.

Puis, au hasard d'une de ces excentricités métalliques, une très faible lumière fit son apparition. C'était le bout du tunnel. Un vif soulagement s'échappa du policier qui se croyait définitivement pris au piège, et c'est sans méfiance qu'il y fonça avant de chuter de quelques mètres.

Sa douleur était énorme lorsqu'il se releva et contempla l'embouchure du tuyau par laquelle il était sorti. Son dos le faisait atrocement souffrir, et son mal s'intensifia plus encore lorsqu'il remarqua qu'il avait raté l'échelle rouillée suspendue juste en dessous du trou. Sa réserve d'intuition policière s'était largement épuisée aujourd'hui ; il n'en restait pas moins curieux.

L'homme qu'il suivait n'était plus visible nulle part. Il avait pris une avance considérable, c'était indéniable ; sa connaissance du chemin ne devait pas y être pour rien. L'endroit était totalement désert et silencieux. Seul un faible néon, suspendu à l'une des poutres loin au-dessus de lui l'éclairait d'où il se trouvait. Il était à un coin du gigantesque hangar, et devait sans aucun doute se trouver loin au dessous du niveau du sol, car regarder en l'air montrait des hauteurs absolument vertigineuses. Le plafond était même très difficilement visible, car la lumière elle-même avait peine à y parvenir. D'ailleurs, plus loin à sa droite, il ne pouvait absolument rien voir.

Le néon semblait en réalité dirigé vers les deux énormes silos en béton qui s'imposaient juste devant lui. A la vue des nombreuses vannes et des deux tuyaux immenses qui les terminaient, David en conclut qu'ils devaient tous deux contenir quelque liquide particulier.

N'ayant guère le choix, il s'avança à travers l'étroit passage à peine plus large que lui entre les deux cylindres géants, pistolet à la main. La peur jouait à nouveau avec lui, et plusieurs fois il s'arrêta, croyant entendre un bruit sourd résonner au loin.

Il déboucha dans une nouvelle salle, à peine plus éclairée que la précédente. Le plafond toujours culminant à la même hauteur avait perdu de sa superbe : la pièce semblait être un interminable et large couloir de béton émergeant de la pénombre. Un léger bruit de pompage se faisait par contre entendre.

Sur les côtés, des tubes de verre sur d'étranges promontoires émettaient une mince lumière verte sur le sol. Tous contenaient un liquide verdâtre dans lequel était plongées de sombres masses difficiles à distinguer. Chacune de ces structures -il y en avait au moins une quinzaine de chaque côté- se terminait sur le dessus en un cône de métal, relié à un imposant tuyau qui se terminait à l'intérieur d'un des deux silos.

David n'avait jamais vu de telles machines aux allures fantasmagoriques. Il aurait aimé pouvoir remonter et lire le nom de l'enseigne de l'usine ; il ne parvenait pas à trouver à quoi pouvaient servir de telles installations.

Lentement, son arme braquée droit devant lui, il s'avança vers l'un de ces ‘aquariums'. Le manque de lumière lui empêchait toujours de voir précisément ce qu'il y avait à l'intérieur. Cependant, il pouvait voir des bulles d'air s'échapper de temps à autre de l'une de ces choses. S'assurant qu'il n'y avait aucun danger autour de lui, il s'avança un peu plus et se pencha sur la paroi de verre.

Le policier poussa un cri d'horreur puis tomba au sol. Il voulait partir, maintenant, il en avait assez vu, il avait eu son flot d'émotions pour la soirée. Un humain. Le bocal contenait un humanoïde nu aux yeux clos, totalement immobile et insensible aux changements constants du liquide verdâtre. Seules les narines s'ouvraient et se fermaient régulièrement pour expirer de l'air. David jeta un œil affolé aux autres bocaux. Tous contenaient des êtres vivants du même genre que cette chose. « Des êtres humains... Des êtres humains comme... malformés » se répétait-il, essayant de fuir mais ne parvenant pas à détacher ses yeux de la scène cauchemardesque étalée devant lui.

« Bonsoir. »

Le policier sursauta et retomba en arrière. Il se releva brusquement et chercha d'un regard dément d'où provenait cette lointaine voix, calme et posée, terriblement dérangeante. Tournant sa tête dans tous les sens, il aperçut enfin le vieil homme émerger de l'ombre, à l'autre bout de la pièce.

« N'APPROCHEZ PAS ! » hurla David, braquant de ses bras tremblants son pistolet vers son interlocuteur. Il se sentait défaillir ; son corps essayait en vain de s'accrocher à quelque chose pour ne pas s'effondrer sur lui-même.

L'homme ne semblait en réalité pas très vieux. Pourtant, il restait droit, et son corps n'avait rien à envier à quelqu'un de vingt ans son aîné. Seuls ses cheveux blancs et sa fine barbe grise qui masquait ses joues trahissaient son âge avancé. Derrière lui se tenaient un peu à l'écart trois hommes armés ; David reconnut celui qu'il poursuivait parmi l'un d'entre eux.

« Allons. Inutile de vous emporter. Avant toute chose, je suis ici pour vous féliciter. »

David tressaillit. Le vieil homme, et sans aucun doute maître des lieux, avait dit cela le plus naturellement du monde. Il sentit une goutte de sueur descendre le long de son front. Sa bouche s'ouvrit, mais il ne parvint à rien dire d'audiblement compréhensible.

« Rares sont les policiers qui des ordres font fi et osent ainsi s'aventurer jusqu'ici.

-Qui... qui des ordres font fi ? »

L'homme eut un petit rictus en entendant la question de son invité, mais n'y répondit cependant pas. Ce dernier serra encore plus fermement la crosse de son pistolet.

« Et parce que de bravoure vous ne fûtes pas à cours, je vous laisse profiter une dernière fois de ces lieux avant que nous ne devions nous dire adieu. »

Une terreur encore plus violente s'empara de David. Son bras droit fléchît, il fit un pas en arrière, ses jambes tentant une dernière fois de sauver son corps tétanisé. Il vit les trois hommes sortir de l'ombre, après que le vieil homme ait claqué des doigts.

Il entendit à peine les neuf premières détonations résonner sur les parois. Et tandis que son corps étendu au sol se vidait de son sang, il baissa une dernière fois les yeux vers les lumières vertes qui dansaient sur le béton.

1 commentaire - aucun rétrolien

Le grand feuilleton de votre été: sexe, violence et tartes au fruits.

Voilà, ami public, et je sais que tu es nombreux, pour être totalement honnête avec toi, l'été,  j'ai assez peu de mon quotidien à raconter. De là à dire qu'il ne m'arrive rien chez moi? Allez, soyons fous, il ne m'arrive rien chez moi. Donc, pour me motiver un peu, m'occuper aussi et prouver que je fais autre chose depuis que j'ai abandonné ma fanfic, j'annonce haut et fort que je lance ici et nulle part ailleurs le début d'une grande série-comic américaine écrite par moi: The Undead. The Undead, la vie non moins extraordinaire d'un super-héros bourré aux édulcorants.

aucun commentaire - aucun rétrolien

Salut les gens! J't'ai manqué ?

Hin hin, surprise, deux bonnes semaines tranquille sans écrire une ligne, à l'ombre d'un canapé provençal, et je te l'ai même pas dit, public ! Tu m'en veux ? Meurs, sale susceptible. Je suis allé rencontrer pour la première fois une esquellente amie que je connais depuis maintenant deux ans (jour pour jour; bon anniversaire à nous !), prénommée Sushi; et c'est bien plus qu'une fille derrière une adresse msn que j'ai rencontré. Je suis tombé sur quelqu'un d'absolument exceptionnel en tous points, une fille rayonnante de perfection qui m'a conquis rien qu'en existant.
Voilà, foule, je suis amoureux. Je te nem, Sushi, comme je n'ai jamais aimé auparavant. Rien n'est à ton niveau et rien ne le sera jamais. Tu surpasses le monde, tu es le monde. Tu te surpasses, donc; tu es meilleure que toi-même. Et tu me manques, surtout. Je hais la distance, je hais son prix. Je hais la sncf, qui nous demande sans scrupules 70 euros pour qu'on puisse se réunir une fraction de seconde. Tant qu'on y est, je hais la Poste, sa lenteur et son aptitude à perdre les lettres qui valent mille fois plus que toutes les factures d'électricité; je hais France Telecom, avec son réseau minable qui pourrit nos conversations téléphoniques et s'amuse avec mon modem et accessoirement mes nerfs. Mais au bout du compte, tu vaux toutes ces sueurs froides et ces crises de nerfs. Tu me rassures, tu me soignes, tu me tiens chaud à distance. Je n'angoisse plus depuis que je sais que tu es .
Il y a des instants qu'on aimerait ne jamais voir se finir, ces moments où les journées durent à peine quelques secondes. Je suis dans un de ceux-là. Le temps se règle sur mes pulsations cardiaques; trop lent loin de toi, tellement rapide à tes côtés. Je t'aime.

1 commentaire - aucun rétrolien

C'est très simple: tout le monde meurt à la fin sauf Hermione qui monte un groupe de Hard Rock et part en Allemagne dans une tournée à succès.

Je m'en vais lire HP7 puis faire un petit tour, à t