Une somptueuse et complète journée en compagnie de Fix, atome perdu dans l'immensité du domaine de l'ennui, j'ai bien nommé la campagne profonde.
Qu'on cesse de dire que j'arrête pas de répèter que j'ai une vie ennuyeuse.
0h00: Fix monte se coucher, une dure journée l'attend d'ici peut-être un mois ou deux.
0h52: Fix dort encore.
4h20: Au large du Pacifique, Mme Fogerty prépare une tisane à son mari qui part bientôt pour la pêche, mais tout le monde s'en branle, après tout, il a qu'à faire un blog; Fix dort encore.
7h30: Fix entend vaguement son père descendre les escaliers, mais il se rendort aussitôt.
9h30: Sa mère appelle Fix pour qu'il se réveille, merde, les yaourts vont être froids.
9h40: Fix yaourte du mieux qu'il peut et enfile ses chaussures. Le temps est horrible, pluie pluie pluie vent.
10h05: La mère de Fix gare la voiture, Fix en sort, ouvre les yeux et prend une grande décision: "Dès la phrase suivante, Fix parlera de lui à la première personne.". La foule exulte, certains prient, d'autres pleurent de joie. La journée n'est pas perdue.
10h10: J'aime les brocantes. Marcher tranquille dans la rue en inspectant un bric à bric poussiéreux posé négligemment sur une vieille couverture, ça me botte. J'adore regarder les vieilleries, les crucifix et les cadeaux dont on a jamais voulu et dont on cherche honteusement à se séparer, lire les résumés des bouquins jaunis parce que personne n'avait envie de les sortir de la bibliothèque, inspecter les cartons de disque de papa totalement dépassés vus que le tournedisque n'a plus de saphir et que de toute façon, Dylan, c'est un juif doublé d'une voix de merde. C'est dingue toutes les choses fabuleuses qu'on peut trouver en fouillant un peu le bordel des caisses ou la flopée de trucs étalée sur les tréteaux. Exemples du jour: l'intégrale du Seigneur des Anneaux (livre) pour 50 centimes, Wish You Were Here du Floyd vynil état quasi neuf pour quelques pièces, la BO du Parrain dans un état idem avec seulement des autocollants ridicules sur la pochette immédiatement retirés (non sans une certaine difficulté et minutie pour ne pas défigurer la pochette) pour un prix similaire. Ce fut bon, le temps s'est peu à peu découvert, l'air de la mer était proche, j'ai revu un de mes vendeurs spécialistes qui m'a parlé un bon quart d'heure d'un de ses disques avant de me le prêter et de me laisser retourner chez moi et pleurer sur mon lit parce que je n'ai toujours pas trouvé de Christ en plâtre à poser sur mon bureau.
12h30: Repas, délicieux, dehors en plus. Je remarque le nombre incroyable d'hirondelles qui se plaisent à se poser sur la gouttière de la zonmai pour chanter les louanges de mon habileté à débarrasser la table; je trouve ça excellent, d'en avoir autant à proximité, ça doit être l'unique raison qui me fait aimer mon chez-moi à part le fait de savoir que j'y habite: les oiseaux, dans l'arbre à côté de ma fenêtre tous les matins à sur la gouttière au dessus de ma chambre. Plus tard, demain ou dans une autre vie, je serai moineau, juste pour piéper entre les branches et me laver dans les flaques d'eau.
14h00: Mes parents partis se balader, je cours mater Pi. Je cligne des yeux à
15h30: Mon dieu, ce film était ENORME. Magnifique, fabuleux, intelligent. En full noir et blanc, un scientifique pris de violents maux de tête se met en charge de trouver la séquence mathématique qui se planque derrière les fluctuations faussement aléatoires de la Bourse, sauf qu'il se retrouve poursuivi par (sans rire) des Noirs et des Juifs. Passé l'effet comique, en vérité aucun racisme là-dedans, et c'est tant mieux, ça m'aurait fait mal de perdre un quinzième de ma paye pour écouter un nazi faire des maths. Donc, voilà, l'acteur est excellent, l'image vraiment incroyable (pas de gris, soit noir, soit blanc), la fin vraiment géniale. Flim culte, c'est dit, courez, il vient d'être réédité dans une édition spéciale boitier entourné de carton superflu.
16h00: Je vais regarder quelques épisodes de South Park, indifférent au fait que pour la première fois en quatre, cinq, six jours !, il fait soleil dehors; je tire les rideaux et commence à rire de moi-même.
17h30: Je monte dans ma chambre. N'en croyez rien, je suis sorti une bonne demi-heure à l'air libre entre temps. J'avoue, j'étais assez perdu, j'ai beaucoup pleuré, mais l'expérience m'a forgé.
18h30: Après lecture, écriture, écoute et fredonnatage du Main Theme du Godfather, je vais prendre ma douche, mmh ah oh oui. Le gel douche a des vertus excitantes, saviez-vous? Mangez-en. Ecoute de Tommy, à partir de Do you think it's allright. Tout en massant mon cuir chevelu, j'introduis une pizza dans le four, l'avantage de vivre dans un appartement exigüe (mais qui l'admettra, hein? Qui l'admettra ?)
19h00: Habillé, brillant et hûmant les vertes plaines comme jamais, j'engloutis une part de mon repas en vitesse, pris d'un stupide fou rire parce que mon chien me regarde manger. (note: penser à lui mettre un coup de pelle en rentrant)
19h15: Sans perdre un instant, j'enfile ma veste, mes chaussures trouées, je balance quelques bières dans mon sac, j'écoute mes parents crier et j'enfourche mon supa-VTT pour une chevauchée fantastique à travers le village. Il commence à faire frais, bian, très bian, en passant devant la gendarmerie j'aperçois un lapin en train de se battre avec une poule, je ris, je ris vraiment de n'importe quoi, c'est dingue, je continue ma route.
19h25: Je gare mon vélo cradissime à côté du garage, première surprise, Nicolas est là, lui-même qui ne m'adresse plus la parole depuis octobre; seconde, mon hôte a une crête, c'est drôle, je me plais à rire de lui et je vais saluer le reste des invités qui arrive par vagues.
19h25, heure locale: je m'ouvre ma première bièwe, une cannette de beauf que j'ai moi-même ramenée. Après moult découvertes sur les sensations et les propriétés physiques du charmant mais inconnu récipient, je vais laisser reposer mon houblon certifié industriel au fond du frigidaire; trop chaud, dégueulasse. Quitte à boire de la merde, autant la boire dans les meilleures conditions possibles.
22h35: après moult pérégrinations, divers évènements plus ou moins inintéressants, quelques clopinettes et bières, Lily et moi nous retrouvons au bord de l'autoroute, elle tentant d'éviter un cuistre boulet, moi une bouteille de mauvais cidre à la main. Nous discutons d'absolument n'importe quoi (exemple 1: une balançoire.), moment vraiment très cool, mais ces chaussures, rah ! Puis
23h30: Nous rentrons. En passant, un ami m'offre cinq de ses cigarillos à la vanille, j'aime pas particulièrement ça mais sans trop savoir pourquoi j'en fumerai deux dans la nuit. Après le départ de pas mal de monde, je retourne dans la salle. Et que vois-je? Un ennui profond a tissé sa toile. La party n'est plus que musique à chier, clans et cadavres qui dorment dans leur coin parce que over-destroyed avec deux 33 (une 66 pour ceux qui suivent.). 'Au diable l'ennui', crié-je, et brandissant l'écran de l'ordi, je me mets à chercher quelque chose de cool pour savourer mon premier tabac. Je finis par tomber sur Pink Floyd, bon, bon, très très bon, les gens se cassent, Lily arrive et plane dans son fauteuil, le cuistre-boulet arrive pour se plaindre, comme d'habitude quand il est bourré. Passées ses plaintes et Bike suivi de A Quick One, je me barre; il en profite pour replomber l'ambiance avec sa 'vraie' musique, un truc de bourrin ingérable. Attention, j'aime ce genre de zik, mais là, il faut être clair et honnête, c'est à chier. Lily et moi fomentons un plan: virer tout le monde de la salle et regarder tranquille Stalker, film de sci-fi est-européen de la fin 70s racontant les périples d'un scientist confronté à la découverte d'une "Zone" où plus aucune loi universelle de physique ne s'applique.
Aux alentours de 3h00: Il faut bien se rendre à l'évidence, malgré notre profond désir, nous ne verrons guère ce long-métrage aux intonations cyrilliques aujourd'hui. Lily a disparu, beaucoup de monde est revenu, on lance les Who puis les Stones, je me fais ma seconde clope (quelle vie!), je me taille. Aux détours d'une haie, Lily réapparait en compagnie de ma foi deux sympathiques connaissances. Je retourne chercher ma bière de beauf et nous regardons les quatre orages s'amuser à l'horizon, mode Lord of the Rings on. Il commence à pleuvoir, nous rentrons, puis nous resortons, la pluie a cessé, quelqu'un lance "Bordel faut qu'on trouve une piaule, je veux un matelas", nous prions ses louanges, nous rerentrons et allons à l'étage.
4h00 et des poussières: on a notre piaule, on dort pas, on se relaxe et on regarde les éclairs à travers la fenêtre, mmmh arr oui !
5h00 sonnent quand le proprio à la coiffure drolesque nous sonne de nous casser de sa chambre. Qu'importe, nous allons squatter celle de son frère, il vient de se lever. Nous quittons les lieux vers
6h00-6h30: beaucoup ont sommeil et retournent à l'étage, j'erre un peu pour voir qui est debout, j'essaye de dormir dans le canapé, un salaud vient reprendre sa couverture alors qu'il n'en a pas besoin, je vais dans la salle essayer de voir un film, ce salaud se ramène => je ressors, je vire le chat de son fauteuil de bureau pour m'asseoir et essayer de dormir avec les jambes en équilibre sur une valise posée verticalement. L'exercice assez douloureux pour mes maigres mollets, je remonte et rejoins les autres, plus de place. J'essaye de dormir à même le sol, impossible. Ma capacité d'adaptation n'est plus ce qu'elle était. Où est l'époque bénie où je pouvais dormir dans un escalier ?
7h00: quelqu'un sur le lit a envie d'uriner, il me menace, je prends son coin de matelas. Lily décide de partir, je prends le sien, elle revient avec un chat, je pionce.
9h30: Gneh, fin du monde? J'ai la tête en sueur, incroyablement chaud, woah, mais bien dormi. Je mets difficilement ma veste, mes chaussures et mon sac, au revoir collectif, j'enfourche ma bécane poussiéreuse et rouillée et je rentre chez ouam en titubant un peu. Essayez, essayez le vélo dès le réveil.
Par Fix, Jeudi 19 Juillet 2007 à 22:02 GMT+2 dans Ma rubrique (article, RSS)





