Raymond Grassart, le contrôleur RATP qui sauva l'humanité, un conte de Pâques raconté par Fix X.
La gare de Lyon était pleine à craquer, ce matin du 9 avril 1957. Les gens, après avoir pris leur petit-déjeuner, partaient travailler comme à leur habitude. Ici, un vieillard aux fines lunettes vêtu d'un feutre achetait le journal avant de rejoindre sa ligne de bus. Là, une jeune et jolie fille traversait la foule, en suscitant de vifs regards de la part des jeunes hommes qu'elle croisait.
Les entrées de la ligne de Métro n° 1 et étaient incroyablement bondées, pour ne pas changer. Les personnes pressées se bousculaient en masse pour obtenir leur petit ticket vert, ce qui faisait le bonheur des pickpockets, aux anges dans cette foule de personnes trop imprudentes. Mais, derrière son guichet, Raymond Grassart, gardant son flegme légendaire, n'agissait pas à la légère, et ne se soumettait pas à la précipitation. Son métier lui tenait à coeur, et il ne passait qu'une bonne journée si son travail était bien accompli. Ainsi, il délivrait précieusement ses tickets, puis comptait et recomptait la monnaie, pour être sûr de ne pas faire d'erreurs de calcul.
-Bon sang, mais dépêchez-vous, par pitié, j'ai une réunion de grande importance!
- ... Et voilà quatre centimes qui vous font dix francs. Oh, attendez, j'ai fait tomber une pièce.
La vie prenait son cours habituel. Ainsi, rien ne vint prévenir personne lorsqu'une violente explosion déchira l'entrée de la gare. De la fumée grise et des éboulis se répandirent dans la gare, tandis que les gens se mettaient à hurler. Et soudainement, à travers ce trou, quatre formes, les quatre formes responsables de cet acte de violence. Toujours invisibles, les quatre silhouettes se mirent à tirer dans tous les sens. Ca n'était pas des balles, mais des rayons lasers qui sortaient de leurs étranges fusils. Chaque tir porté vers un humain le faisait fondre immédiatement. Le spectacle et l'odeur devenaient immondes. Tout le monde hurlait et courait dans tous les sens, mais les quatre formes, impartiales, ne rataient personne. La fumée dissipée, on les vit distinctement. Quatre pattes métalliques leur servant de pieds, un minuscule buste d'acier avec de petites mains aux doigts de crochets, et un cerveau flottant dans un liquide verdâtre sous une cloche en verre.
Rapidement, les cadavres jonchèrent le sol. Ne voyant plus personne, les quatre monstres robotiques s'approchèrent du guichet de Raymond Grassart. Ils se postèrent devant la vitre.
-Bonjour, Terrien. Nous sommes ici pour envahir la Terre. Quatre tickets pour la ligne n°1, s'il-vous-plait. Nous partons pour l'Hôtel de Ville.
-Quatre tickets, entendu. Vous avez de la monnaie?
-Euh... Non...
-Pas de monnaie, pas de tickets, messieurs.
-Damned! Nous voilà fichus! Notre mission a échoué.
Voilà. Excellent jour férié au reste du monde, c'est vraiment un bon jour pour bosser un peu, vous ne trouvez pas?
Par Fix, Lundi 9 Avril 2007 à 15:32 GMT+2 dans Ma rubrique (article, RSS)





