\inside the fix.

Un pavé dans la mare de mes archives #2

Allons allons, ne dites pas que c'est parce que j'ai pas le temps actuellement que je vous ressors des vieilleries poussiéreuses du profond placard sans fond de mes documents, voyons, cessez tant de médisances.
Donc ce soir deux chapitres de ma toute première expérience en tant que novéliste (notez que je n'ai effectivement jamais écrit le chapitre 1, hum.), soit il y a deux ans environ. Notez que pour l'occasion j'avais imaginé un personnage assez simple qui obtiendra une renommée mondiale quand il me sera piqué en 1953 par un peu scrupuleux écrivain américain

II

 

 

            La silhouette ne continua pas plus loin la lecture de cette brochure qu’elle venait de trouver au sol. Non pas que la qualification géographique du pays ne l’intéressait guère, non, mais le dernier paragraphe qu’elle venait de lire lui était particulièrement cocasse, et elle ne pouvait s’empêcher de réfuter un rire. Elle jugea bon d’ajouter un paragraphe à ce texte, et le clama à haute voix :

            « L’Angleterre, fabuleuse banque d’innombrables richesses, bientôt pillées par l’une de ses plus illustres figures ! »

            Son commentaire l’amusa au plus haut point. Voyant que le garde qu’il observait venait de quitter son poste, l’inconnu laissa tomber son papier et s’avança le plus tranquillement du monde dans l’enceinte du bâtiment.

 

III

 

            « L’Angleterre, merveille de verdure et de prairies, havre de paix où il fait bon vivre dans son cottage au coin du feu, une tasse de thé à la main ! …………

L’Angleterre est une chance, ne l’oubliez pas. »

            James Bond, amusé par la fin de ce tract distribué par la Reine et destiné à redonner le moral à tous les citoyens d’Angleterre démoralisés par le smog ambiant, reposa le papier sur la table. Le serveur lui apportait justement son café et le Times, comme tous les matins où il n’était pas en service.

            Le célèbre journal britannique affichait un gros titre plus qu’étonnant : « WOODBRIDGE INDUSTRIES DEVALISE EN UNE NUIT»

L’agent ouvrit le journal en pages centrales :

 

Malheureux coup du sort pour le siège social de la célèbre entreprise de coffres blindés Woodbridge industries, installé à la périphérie de la capitale, qui a perdu l’importante somme de £15.000.000 durant la nuit.

En effet, bien que le bâtiment était gardé par de nombreux vigiles en continuelle ronde, un mystérieux personnage s’est discrètement infiltré à l’intérieur de l’enceinte, sans bruit ni lumière, et, aussi silencieux qu’un chat, serait monté en haut de la tour, jusqu’au bureau du patron, Sir Phillip Kilenbrodge, à qui l’envol d’une telle somme d’argent dans la nature porte un sacré coup dur.

Donc, arrivé à l’intérieur du bureau, le voleur aurait fait sauter le coffre blindé, dont il aurait vidé le contenu dans un sac avant de repartir comme il était venu, le tout le plus « taciturnement » du monde.

« Rien, pas un bruit, pas une explosion, même pas une lumière allumée, affirme un garde. Nous n’avons rien vu de suspect. »

Sir Kilenbrodge, en état de choc, a lui-même découvert le coffre en arrivant ce matin. Bien que faisant partie des plus riches patrons d’Angleterre, l’homme subit tout de même une forte épreuve, cet argent étant à l’origine destiné à renouveler l’équipement des usines plus que dépassé. « Sans cet argent, nous ne pourrons jamais maintenir la concurrence, le dépôt de bilan est proche, je le crains… » nous confie le grand patron en pleurs. En effet, l’ère d’une nouvelle technologie à haut coût arrive, et les entreprises les moins fortunées n’y résisteront pas, selon les spécialistes penchés sur la question. Ce vol d’argent a ainsi peut-être prématuré les dernières heures de Woodbridge industries…

Dans un registre un peu moins lourd, notons que l’effraction a également causé la disparition d’une œuvre originale de William Turner, une ébauche de son célèbre Moonlight, don du peintre-même à un ancètre de Kilenbrodge, Sir Philip l’ayant acquiert  par héritage. La piste du receleur de tableaux a été évoquée, mais l’inspecteur Wilson, chargé de l’enquête, a très vite écarté cette  piste, beaucoup trop absurde selon lui : « Les receleurs s’introduisent discrètement dans des musées, ils n’escaladent pas un immeuble d’une douzaine d’étages pour emporter une toile, ils ne font pas non plus sauter des coffres-forts à l’aide d’un équipement aussi sophistiqué, croyez-moi ». L’inspecteur ajoute également avant de nous laisser : « Une chose est sûre, nous n’avons pas affaire à un novice ».

Le mystère reste entier face à cette affaire dont nous ne manquerons pas de vous informer de l’avancée dans les prochains numéros.

 

Bond replia le journal et le posa à côté de sa tasse de café. Il remarqua alors le serveur posté devant sa table, ce dernier attendant que son client daigne enfin lever les yeux vers lui : « Monsieur Bond, quelqu’un vous demande au téléphone. »

L’agent 007 s’avança donc dans le pub, étonnamment rempli malgré l’heure matinale. Bien qu’un coup de fil destiné à sa personne dans ce genre de bâtiment l’étonnait, il savait parfaitement qui était au bout :

« Bonjour, M.

-Bond ! J’étais sûre de vous trouver ici ! Hors service, vous êtes quelqu’un de très prévisible, vous savez ?

-Je suis hors service, en effet, merci de me le rappeler, ironisa Bond. Que désirez-vous de si bon matin ?

-La réponse est dans le gros titre du journal que vous lisiez à l’instant, mon cher !

-Mais…comment…

-Puisque je vous dis que vous êtes prévisible ! Bon, dépêchez-vous de finir votre café, je vous retrouve dans 10 minutes dans mon bureau. »

L’agent n’eut pas le temps de lui répondre afin de lui rappeler ses droits salariaux concernant les jours de congés que sa supérieure avait déjà raccroché. Résigné, il retourna sur la terrasse finir calmement son café. C’était Dimanche, et puis les bureaux du M.I.6 n’étaient pas loin, il aurait le temps de flâner un peu.

Il faisait bon. Pour une fois, le smog avait décidé de ne pas sortir de sa tanière et de recouvrir Londres, comme il prenait d’habitude plaisir à faire. Non, aujourd’hui, une douce brise enveloppait la cité, et une mince chaleur osait apparaître de temps à autre. S’il n’avait pas à se rendre au bureau, Bond aurait certainement défait sa cravate, mais sa supérieure ne lui aurait pas pardonné ce genre de relâchement.

Dix minutes s’étaient exactement écoulées lorsque M entendit frapper à sa porte. Elle était en train de rédiger une lettre à l’intention du chef de l’état-major, pour lui exprimer tout son ressentiment face à cette bande d’incapables qui lui servait d’agents d’entretien et qui ne prenait même plus la peine de faire les poussières sur les meubles ou qui semblait s’acharner à déranger les affaires sur le bureau de la supérieure (la seule à s’y retrouver dans son rangement), que l’on lui envoyait régulièrement. Le problème ne concernait nullement le destinataire de la lettre, mais il n’était pas nécessaire selon M de préciser qu’il était fortement recommandé de faire transmettre, puisque pour elle, c’était aussi bien une évidence qu’un ordre. Elle s’estimait suffisamment occupée pour se permettre de déléguer une partie de son travail d’intérêt un peu moindre à un personnel moins gradé, les distinctions ayant toujours tenu une grande importance pour elle. Elle était d’ailleurs très fière d’être arrivée au plus haut poste des services secrets britanniques, et ne manquait pas d’user de ses nombreux pouvoirs pour se faire respecter, du moins se faire obéir. Certains la disaient sans cœur, ils n’avaient peut-être pas tort : seul son travail l’importait, et elle n’avait jamais estimé nécessaire d’entretenir ne serait-ce qu’une simple relation amoureuse, « une belle perte de temps » pour elle.

« Entrez », donna pour toute réponse M à Bond qui attendait derrière la porte. Celui-ci entra alors.

« Bonjour M ! Vous vouliez me voir ?

-Bonjour, Bond. Je vous ai convoqué ici pour cette assez singulière affaire survenue cette nuit au domaine Woodbridge, comme vous le savez. Cette histoire est un peu trop étrange à mon goût, je vous ordonne donc d’aller faire une petite enquête là-bas et de me faire part de votre rapport dans les plus brefs délais.

-Sauf votre respect, M, ce travail ne m’est pas d’ordinaire assigné, c’est plutôt du domaine de Marshall.

-Est-il nécessaire de vous remémorer l’état de ce pauvre Marshall qui est toujours à l’hôpital, et qu’il est assez difficile de faire une enquête quand on est sous perfusion ? Vous le remplacerez exceptionnellement aujourd’hui. Vous avez tout le Dimanche pour aller voir cela et me faire un petit résumé, en clair.

-Mais le Dimanche c’est…

-…le jour du Seigneur, en effet. Je ne vous ai jamais vu psalmodier un verset à l’église, je ne vois donc pas en quoi cela vous poserait problème.

-D’accord, d’accord, répondit Bond, vaincu. Et qu’est-ce qu’on me donne, en matière d’équipement ?

-Pas « donne », Bond, mais « prête », ne l’oubliez pas. Par ailleurs, je me dois de vous rappeler que vous partez pour une inspection, agent 007, pas pour une mission-suicide en Sibérie. Un équipement ne vous sera pas de grande utilité.

-Même pas un crayon ?

-…Foutez-moi le camp, Bond.

-Je vous taquine, M, je vous taquine, répondit-il d’un air réjoui. Je me passerai de tout ceci aujourd’hui. »

L’agent adressa un dernier sourire à sa supérieure et quitta la pièce, observé par cette dernière. Bien qu’il venait tout de même de manquer au respect des grades en ayant un peu « familiarisé » avec elle, elle ne parvenait pas à lui en vouloir, ne serait-ce que parce que c’était son meilleur agent, et qu’elle venait de lui abréger son week-end, même si en fait elle n’avait aucuns scrupules à cela.

Elle se rassit à son bureau afin de reprendre la rédaction de sa lettre. Elle ne le fit pas : son crayon avait disparu.

 

Vos commentaires

1 Le Samedi 31 Mars 2007 à 14:12 GMT+2, par Sushi

j'adore la fin ^^
je trouve Ian Flemming bien peu scrupuleux de t'avoir honteusement dérobé un tel personnage ^^

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