La folle histoire de l'humanité en 69 lignes
5h56: Réveil en sursaut. Putaing, j'ai rêvé que je dormais, j'ai bien failli louper le bus!
6h54: Eh merde, je dormais.
Eh hop, pour bien commencer en forme, me voilà en train de m'enfiler des chaussettes et un bref déjeuner dans le bus, l'oeil vif derrière les paupières closes, en voilà une journée qui commence bien. Après quelques pénibles heures de méditation sur ma triste existence, je cours à travers le monde de grisaille pour rejoindre Eden: j'ai bien nommé le Temple de la Consommation Intelligente, TCI, là où naissent livres, cédés et dévédés pour se faire adopter par les victimes du pouvoir d'achat alias nous, faibles humains qui ne connaissons rien au merchandising et aux structures des parts de marché avec taux à préavis majoré de 17%. Je sais ce qu'il me faut. Ca fait six mois que je l'attends, six mois que je compte les jours en me scarifiant le pied en signe d'impatience. La Science des Rêves. L'un des plus beaux et plus touchants films que j'ai jamais vu. Ou comment Stéphane, jeune franco-mexicain fraîchement débarqué à Paris, fout le bordel dans sa vie amoureuse en confondant rêve et réalité. Et c'est aujourd'hui qu'il revient, dans une version rallongée de plus d'une heure, en doubeul dévédé ultra-collector, numéroté, signé, marqué au fer rouge et gravé par Michel Gondry lui-même.
Je cours au rayon Nouveautés. Rien. Boarf, il doit être au rayon normal, lettre 'S' ! J'y accours. Rien. Rage. Désespoir. Meurtre. C'est pas possible, que dis-je, c'est impossible même, comment ça c'est pareil, c'est honteux, il me le faut, il me le FAUT, je veux apporter ma pierre à l'édifice du mercantilisme, maintenant !!
Je fonce vers le vendeur le plus proche, je le plaque au sol et tout en lui martelant le visage jusqu'alors immaculé des mes poings rageurs, je lui hurle "OU TU L'AS MIS, HEIN??? JE LE VEUX, MAINTENANT!!!"
Confus, il s'excuse en me disant que ne touche plus à cette merde-là, qu'il a arrêté parce que ça lui détruisait la santé et que c'était trop cher, et me propose d'une douce voix sortant de ses dents cassées d'aller m'adresser à un autre vendeur. Lui m'assure qu'il en a encore un bon paquet pas déballé dans l'arrière boutique, où il s'empresse d'aller quand je pose la mâchoire inférieure de son pote sur la table.
Il revient, et me tend animé d'un certain tremblement le Graal format 16/9 audio 5.1. Je lui arrache le bras et cours le déposer à la caisse, avant de tendre fièrement le reste de mes économies, de sacrifier la caissière dans un grand rite satanique et de manger un chaton qui passait dans le coin.
Et puis je sors. Chose étrange, à chaque fois que je sors d'un magasin, j'ai toujours, toujours toujours peur que ça se mette à sonner. Même si je pique jamais rien, je stresse toujours à l'éventualité qu'un programme maléfique tout droit sorti de la vessie de Satan ait pris discrètement le contrôle des scanners, et depuis choisit une victime au hasard pour faire sonner un objet dans son sac qu'il a déjà payé. C'est comme ça que j'imagine l'avenir à nos portes: flippant. En tout cas, si un jour je suis élu maître du monde (FIX 4 PRSDT§§§§), c'est ce que je ferai pour faire chier mon peuple bien-aimé. Ensuite, je fonce au ciné, parce qu'en fait il me reste un peu de monnaie. Et je vais revoir Dreamgirls, parce que je crois n'avoir pas saisi toute l'essence de ce film du premier abord, ahah, que de méchanceté. Non, je vais voir The Fountain, LE film speïce par esquellence, soit bourrré de fabuleux effets visuels qui en filent plein les miros, et d'un sens à faire pâlir le journaliste le plus averti de Télérama. En clair: c'est bô, une claque visuelle, mais t'y piges quasi-que dalle, claque intellectuelle. (J'ai crû déceler une morale à un moment, mais mes déductions de con m'ont toujours laissé perplexe.) Mais c'est point grave, deux heures vingt qu'ont passé vite, très vite même, plus encore un bon moment de réflexion après, même quand je sors du ciné et qu'il grêle, ce qui d'ailleurs est bô. J'ai plus alors qu'à rejoindre sous les étoiles le point d'extraction pour être rapatrié au campement avant la tombée de la nuit, point que j'atteinds rapidement grâce à ma license en capoeira (qui m'offre des aptitudes incroyables et indescriptibles pour vous, humains banaux que vous êtes).
Alors, du haut du promontoire des toilettes publiques, je contemple d'un oeil inquisiteur le parking de ce monde qui est le mien.
Par Fix, Mardi 20 Mars 2007 à 21:37 GMT+2 dans Ma rubrique (article, RSS)





